Bloat
4.1
Bloat

Film de Pablo Absento (2025)

Après la mort prématurée de celle qui aurait pu devenir leur troisième enfant, un couple tente de surmonter sa douleur en organisant un voyage familial avec ses deux garçons au Japon.

Là-bas, poursuivi par un décidément très mauvais karma, le plus jeune de leurs fils manque de se noyer sous les yeux Facetimiens de son père mobilisé pour une importante mission au Moyen-Orient en tant que militaire. Miraculeusement ressuscité, le petit se met à développer un comportement très étrange couplé à un appétit féroce pour les concombres. Oui.


On pensait la fièvre cinématographique d'ordinateur du producteur Timur Bekmambetov retombée mais non: son Unfriended-verse continue en réalité de se prolonger avec ce "Bloat", nouveau screenlife movie (un récit entièrement délivré par l'intermédiaire de l'écran d'ordinateur de son héros) venant donc s'ajouter à "Unfriended", sa suite "Unfriended: Dark Web", "Searching: Portée Disparue" et "Missing: Disparition inquiétante", tous désormais reliés par la mention du fameux cas du suicide de Laura Barns du premier film cité (et plus gros succès commercial de cette franchise inavouée).


Ici, on est plutôt client de ce genre de found footage next gen, se servant habilement du concept pour mettre les nouvelles technologies au service d'une intrigue à mystère(s) et des émotions d'un personnage trahies par les clics sur sa souris ou ses pianotements sur un clavier, "Searching: Portée Disparue" et "Unfriended: Dark Web" restent d'ailleurs nos p'tits préférés des productions Timur Bekmambetov en la matière (on trouve aussi les deux autres films sympathiques et, en dehors et sur le même format, on ne peut que vous recommander le redoutable "The Den").

Bref, autant dire que l'on était dans les meilleures prédispositions pour s'installer devant un écran à travers notre propre écran et apprécier ce "Bloat", premier long-métrage de la réalisatrice Pablo Absento mené par Ben McKenzie (la série "Gotham") et Bojana Novakovic ("Le Sanctuaire").


Dans un premier temps, et ce même s'il est clair que "Bloat" ne s'inscrit pas d'emblée dans le haut du panier du Unfriended-verse, l'idée de traduire la douleur d'un père soldat éloigné, obligé de devenir le spectateur de la vie des siens à travers un écran, donne un certain attrait au film de Pablo Absento, les fenêtres de sites qui pullulent à l'image font notamment une belle résonance à sa frustration et à sa détresse de ne pas être auprès d'eux dans les moments heureux comme dans les épreuves. Poussée dans ses derniers retranchements par les traumatismes et l'arrivée inévitable d'un esprit malveillant (aquatique cette fois pour varier les plaisirs), cette dynamique familiale d'êtres éloignés aux airs de descente aux enfers va d'ailleurs devenir le point le plus positif de ce "Bloat", arrivant toujours à faire suinter les gouttes du désespoir et de l'impuissance de ce père face aux noirceurs qu'il ne peut affronter directement pour soulager sa famille.

Mais ce sera malheureusement bien le seul point positif à en retenir.


En plus de perdre l'efficacité du screenlife movie en cours de route en n'en respectant pas totalement le cadre (l'espèce de séquence onirique que le film essaie vainement de justifier est un désastre... entre autres), l'intrigue se transforme en véritable naufrage, submergée par les clichés et incapable de provoquer le moindre frisson par ses dégustations répétées de concombres (l'esprit y est accro, ainsi qu'aux scolopendres en guise d'animaux de compagnie, c'est un choix de vie, ne le jugez pas !) ou ses images parasitées censées nous scotcher par ce qui y apparaît (le rendu est juste d'une laideur effroyable en plus de paraître très cheap).

Montrant ses limites bien trop tôt pour espérer nous captiver, "Bloat" ne fera que s'enliser toujours plus vers le fond, se révélant même incapable de tirer un minimum d'efficacité de ce qui aurait dû être ses temps forts (une séquence en vision nocturne totalement loupée) et même de son climax affligeant où tout le monde semble avoir abandonné l'idée de tirer quoi que ce soit de marquant de cette épave en perdition.


Premier vrai gros raté des productions Timur Bekmambetov de ce type, "Bloat" fait donc bloup dans la vase de son pauvre récit surnaturel cucurbitacéphile (on ne pensait pas utiliser ce terme un jour). Pas de quoi nous dégoûter des films en screenlife, sans doute encore capables d'offrir de belles choses, mais quelqu'un aurait vraiment mieux fait de ne pas allumer l'écran de celui-ci.

RedArrow
3
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le 15 mars 2025

Critique lue 705 fois

RedArrow

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