Suite à un problème lors de leur dernier contrat un couple de tueurs se retrouve en vacances forcée loin de leur Irlande natale : à Bruges, en Belgique. Tandis que l'un essaye de profiter des plaisirs simples de cette ville aussi belle que paumée, l'autre trompe l'ennui dans les bars et auprès des gens les plus curieux de la ville.
On pourrait résumer "Bon Baisers de Bruges" à une histoire de tueurs à gages cool en Belgique avec des nains, de la marijuana, des acteurs français et une rédemption. On pourrait résumer le film ainsi mais il faut avouer que ça fait peur, dit comme ça.
Cette convergence d'éléments disparates fait clairement penser à une resucée post-Guy Ritchie qui ne peut être que de mauvais goût (déjà que Guy Ritchie hein...) et pourtant...
Foutraque, le film de Martin McDonagh l'est assurément, mais pas de façon complètement anarchique non plus. A la manière d'un étudiant qui expérimente son propre système de classification en étalant ses cours sur le sol par ordre d'intérêt décroissant, ordre qu'un oeil extérieur ne reconnaitra pas immédiatement, le réalisateur anglais évite de partir dans tous le sens pour rien et arrive à donner de la cohérence à ce bordel apparent.
La grande force de "Bon Baisers de Bruges" est d'être sans arrêt à la frontière entre comédie absurde et drame poignant, il penche de temps en temps d'un côté puis bascule de l'autre mais jamais totalement. Un exercice d'équilibre bien exécuté et typiquement anglais.
On passera ainsi d'une scène décalée avec des quiproquos en cascades à une autre parfaitement sérieuse et touchante sans qu'on n'ait jamais la sensation d'être dans deux films différents. Les personnages principaux, attachants et bien écrits, servent de lien naturel. Martin McDonagh, en bon dramaturge qu'il est, ne perd jamais ses personnages de vue et s'il filme un nain enfumé en train de se faire tabasser ce n'est pas simplement pour le plaisir de filmer un nain enfumé se faisant tabasser (bien qu'en soit ça doit être rigolo), mais pour construire le parcours initiatique de Ray (Colin Farrel vulnérable et juste), à la fois trop jeune pour être sage et trop vieux pour être insouciant.
A ses côtés Brendan Gleeson est, comme souvent, impeccable dans la peau de Ken, tueur un peu désabusé mais pragmatique. La relation qui se tisse entre eux-deux, entre tendresse et respect mutuel, fonctionne parfaitement.
Autour de ces deux larrons gravitent des personnages secondaires un peu barrés comme le fameux nain (Jordan Prentice en mode déjanté) ou un petit dealer vindicatif et blessé dans son orgeuil (Jérémie Renier). Il y a surtout Harry, patron autoritaire de nos deux tueurs, qui est joué par un Ralph Fiennes complètement allumé. Un personnage impulsif et lunatique mais là aussi plutôt attachant, surtout dans sa relation avec Ken.
Dans ce lot de personnages hauts en couleurs celui de Clémence Poésy parait un peu fade, un peu dommage.
Bien sûr l'histoire manque peut être un peu d'originalité tant la thématique du tueur en quête de rédemption est vieille comme le monde mais le traitement est soigné et humble.
Humble et soignée, des adjectifs qui collent parfaitement à la mise en scène de McDonagh. Fou-fou dans l'écriture le film a le bon goût de nous épargner les effets tape-à-l'oeil-branchouille que l'on était en droit de redouter : la caméra est judicieusement placé, la photo est sobre et agréable, le montage est clair et l'ensemble tient parfaitement la route. Peut-être la caméra se fait-elle un peu trop distante par moment, certaines scènes manquent peut-être un peu de force mais, le mieux étant l'ennemi du bien, ce n'est pas très grave au final.
On embarque donc avec plaisir en compagnie de ses personnages étranges, mais crédibles, pour une aventure décalée, oscillant entre rire et tension. Plus drôle qu'on ne l'imaginait, plus intelligent qu'il ne le laissait croire, "Bon Baisers de Bruges" est un film qui surprend, en bien. A découvrir