Mary Shelley’s Frankenstein (1994) – Branagh ou la foudre dans un verre d’eau

Il y a quelque chose d’éminemment fascinant, et profondément crispant, dans ce Frankenstein de Kenneth Branagh. Un film qui, à force de vouloir être grandiose, finit par ressembler à une pièce montée trop chargée : ça déborde de partout, ça colle aux doigts, et on n’est jamais tout à fait sûr si on a aimé ou si on a juste eu un malaise hypoglycémique.


Branagh, en bon acteur-réalisateur shakespearien, semble persuadé que l’histoire de Frankenstein est d’abord une tragédie opératique. Et soit. Mais alors pourquoi filmer tout avec la caméra d’un vidéaste de mariage monté sur ressorts ? Ça tourbillonne, ça virevolte, ça fait des plans-séquences en hélicoptère sur des glaciers comme si la créature allait se mettre à chanter du Queen. On sent une envie de lyrisme, d’élan romantique (dans le sens XIXe siècle du terme), mais on reste scotché au sol par l’outrance du truc. C’est comme regarder un épisode de Fort Boyard mis en scène par Visconti.


Et puis cette lumière ! On a parfois l’impression que Branagh essaie d’éclairer la scène avec une boule à facettes et un brasier. Chaque plan est dramatiquement dramatisé. Il n’y a pas une once de silence, pas un instant de respiration. Même la neige tombe comme si elle voulait hurler son désespoir à la face du monde.


Robert De Niro, en créature, joue dans un autre film — et peut-être dans un autre siècle. Il apporte une gravité étrange, un regard blessé, une humanité brisée. Dommage qu’autour de lui, tout le monde semble jouer dans un soap gothique sous stéroïdes. Branagh, torse nu et ruisselant, qui hurle à la lune en jurant de vaincre la mort, fait plus penser à un clip d’Evanescence qu’à une adaptation fidèle de Mary Shelley.


Et pourtant, malgré tout ça — ou à cause de tout ça ? — le film se regarde avec une espèce de fascination moqueuse. C’est un Frankenstein excessif, pompier, parfois grotesque… mais jamais tiède. Il y a dans sa démesure quelque chose de sincère. Branagh y croit, jusqu’à la folie. Et dans un monde de relectures fades et cyniques, peut-être qu’on peut lui accorder ça : avoir tenté, au risque du ridicule, de faire revivre un mythe en criant très fort.

Laurent_Duverdi
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le 8 avr. 2025

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