Gangsters
5.7
Gangsters

Film de Olivier Marchal (2002)

Dès son premier film, Olivier Marchal percutait le polar à la française sans prendre de gants, avec pour seule idée en tête de coller au plus près une réalité poisseuse rarement glamour. Dans Gangsters, lorsqu’il est question de sentiments, d’amour et d’amitié, c’est sans paillette, à coup de mandales dans la tronche et de contreparties fumeuses. En cela, le film est réussi, d’autant plus qu’il témoigne également d’une sensibilité particulière en matière de mise en scène. Un travail nerveux, sans fioriture, qui s’exprime lorsque les coups pleuvent et que les acteurs montent le ton. Les scènes d’interrogatoire par exemple sont particulièrement bien gérées, jamais trop écrites, savamment garnies en punchline assassines et surtout agréablement contenues en hystérie excessive. A comprendre que les acteurs sonnent justes, à l’exception de quelques seconds rôles poussifs, même Parillaud ne part pas dans des gueulantes à se broyer les tympans, un exploit.


Quand au pitch menant à l’affrontement entre flics peu commodes et truands taquins, même s'il est par moment un peu poussif, il réserve son lot de surprises. Bien amenées, certaines révélations, même les plus précoces, sont difficiles à anticiper, et de ce fait, font leur petit effet. Le personnage d’Anconina, notamment, est particulièrement bien géré, ainsi que l’identité de ses proies, qui tient du mystère jusqu’au dénouement, même si certaines clés permettent de dresser quelques hypothèses. Dommage qu'autour du couple vedette qu'il forme avec Parillaud, les personnages soient caractérisés à coup de gros traits un peu gras (le flic rigide, le chien fou, le je m'en foutiste, le tombeur ... ça fait un peu beaucoup).


Mais ce qui semble le plus discutable dans Gangsters, c'est sa fin, précipitée, en trois temps par forcément utiles, et surtout, en opposition au pessimisme total insufflé par Marchal jusque là. On avale cependant la pilule sans trop rechigner parce que même s’il est imparfait, qu’il fait preuve de la fougue parfois non contrôlée d’un premier jet (le portrait des flics est quand même sacrément gratiné), Gangsters porte la marque de son auteur et rafraîchit l’univers du polar à la française à une époque où il est définitivement perdu. Depuis, Marchal a prouvé qu’il avait sa pierre à apporter à l’édifice. Il signe d’ailleurs son meilleur film 2 ans plus tard avec «36, quai des orfèvres» dans lequel il remédie à la plupart des reproches que l’on pouvait faire à ce premier essai.

oso
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste L'ours, Homo Video, en 2015

Créée

le 17 juin 2015

Critique lue 749 fois

oso

Écrit par

Critique lue 749 fois

4

D'autres avis sur Gangsters

Gangsters

Gangsters

6

oso

894 critiques

Le bal des pourris

Dès son premier film, Olivier Marchal percutait le polar à la française sans prendre de gants, avec pour seule idée en tête de coller au plus près une réalité poisseuse rarement glamour. Dans...

le 17 juin 2015

Gangsters

Gangsters

6

AMCHI

6387 critiques

Critique de Gangsters par AMCHI

Le début (très bonne scène de fusillade) et la fin sont réussis, par contre ce qu'il y a au milieu un peu moins. Gangsters se traîne et peine à réellement nous accrocher, mais Olivier Marchal se...

le 22 oct. 2013

Gangsters

Gangsters

7

QuentinBombarde

173 critiques

Flic ou voyou

Gangsters porte dans un huis clos très serré tout l’univers d’Olivier Marchal. Flics et gangsters partagent ainsi les mêmes décors et les mêmes méthodes dans un premier long-métrage sombre et...

le 16 nov. 2020

Du même critique

La Mule

La Mule

5

oso

894 critiques

Le prix du temps

J’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...

le 26 janv. 2019

Under the Skin

Under the Skin

5

oso

894 critiques

RENDEZ-MOI NATASHA !

Tour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...

le 7 déc. 2014

Dersou Ouzala

Dersou Ouzala

9

oso

894 critiques

Un coeur de tigre pour une âme vagabonde

Exploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...

le 14 déc. 2014