Grizzly Man
7.6
Grizzly Man

Documentaire de Werner Herzog (2005)

J'ai entendu parler de ce documentaire. Je suis donc allée voir sur Youtube, seul endroit où je l'ai trouvé (en anglais, je n'ai donc pas tout saisi), et ce documentaire, c’est franchement… de la merde. Une tentative de mettre une barrière spéciste entre les ours et les humains, comme s’il en était besoin, alors que nos préjugés sur les animaux sont déjà bien assez craignos sans l’aide de Werner Herzog. Oui, le type a été tué et dévoré par un ours. Mais faire passer cette tragédie pour une preuve de l’indéniable cruauté des animaux et leur absence d’empathie, c’est très fort. C’est oublier que d’une part, les gens qui vivent ainsi au contact d’animaux considérés comme dangereux (ours, lions, gorilles…) sans se faire tuer existent. C’est oublier que la mort de Timothy n’est pas due à la cruauté de l’ours, mais à la bêtise de l’humain, qui a cru qu’il pouvait s’introduire sur le territoire d’ours inconnus de la même façon qu’il avait auparavant été accepté par un groupe d’ours, pendant treize ans. Mais on ne se pointe pas chez des inconnus comme on se pointe chez de vieux amis. Au passage, je ne donne pas cher non plus de la vie d’un ours qui se pointerait en plein territoire humain : soit on le tuerait, soit on le priverait de liberté en le foutant dans un zoo. D’ailleurs un indice du spécisme qui traîne de long en large tout au long du film : tout le monde déplore la mort de Timothy et de sa compagne, mais personne ne semble s’offusquer du fait que l’ours qui les a tués est abattu au fusil juste pour récupérer des restes. Franchement, si on tuait tous les humains qui ont des morceaux d’animaux dans l’estomac, le chiffre de la population humaine mondiale diminuerait drastiquement. Ce pauvre ours n’a eu qu’une réaction normale (ces humains sont entrés sur son territoire, sans demander le moins du monde la permission) et il paye de sa vie l’erreur commise par ces humains (ceux-là même qui prétendaient être ses amis, en plus. Quoique je suis persuadée que Timothy, si on lui avait demandé son avis, aurait préféré qu’on ne tue pas cet ours).


La réflexion de Herzog, à la fin du film, comme quoi Timothy voyait dans les ours des amis, alors que lui ne voit dans ce regard que de la cruauté et de l’indifférence, signe à elle seule toute la dimension spéciste du film.


Autre chose : lorsque Timothy pleure la mort d’oursons ou de renardeaux, Herzog prétend qu’il n’est pas conscient que la nature n’est absolument pas un monde d’harmonie, mais seulement un monde de cruauté et de meurtre (quelle drôle de vision de la nature…). Alors ouais, Timothy semble être un personnage particulier, un peu mégalo et pas mal naïf, mais de là à le faire passer pour quelqu’un n’ayant pas conscience que la mort est présente dans la nature… Cela me parait aussi idiot que de filmer un enterrement, avec les gens qui pleurent, et de commenter en voix off : « voyez tous ces humains qui pleurent la mort de leur proche ! Ils ne sont pas conscient de la nature mortelle de l’humanité, grands naïfs qu’ils sont. » Hum !


Outre la dimension fortement pro-spéciste du film, j’ignore si c’est le réalisateur qui l’a voulu ou non (mon anglais n’est pas suffisamment bon), mais nombre de critiques soulignent le caractère antipathique de Timothy, accentué par le fait… qu’il était un ancien drogué. Donc, une grosse couche de spécisme, et une lichette de toxicophobie. Youhou !


Je rappelle à toutes fins utiles que si Timothy Treadwell est mort, non pas à cause de la nature cruelle et sanguinaire des ours, mais parce qu’il a commis des erreurs et a joué avec les limites (plusieurs fois il montre qu’il est conscient des risques qu’il prend pour sa vie), que Diane Fossey, par exemple, a elle aussi vécu des années au contact d’animaux puissants et potentiellement tueurs (les gorilles), et que ce ne sont pas eux qui l’ont tuée, mais bien des humains, ces animaux apparemment si civilisés, doués de conscience et d’empathie. Je pourrait aussi parler de Kevin Richardson qui vit au contact de lions, hyènes et autres grands fauves, tout en respectant les codes de ces grands fauves (ce que ne fait pas Timothy en s’invitant sur un territoire d’ours inconnus comme s’ils étaient des amis de longue date). Kevin Richardson est toujours vivant. Jane Goodal qui vit au contact de chimpanzés est toujours vivante aussi. Etc.


Et tout bien réfléchi, il y a aussi un paquet d’humains qui ne partent pas vivre au contact d’ours ou de lions, et qui finissent eux aussi tués, par des humains. Personne ne vient pour autant prétendre que les humains ne sont pas capables d’empathie, ne sont que cruelle et froide indifférence et qu’il ne faut pas tenter d’entrer en contact avec eux.

Suze_Araignée
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le 12 mai 2015

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Suze_Araignée

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