Orson Welles acteur, mais aussi scénariste et réalisateur de ce film alambiqué, mêlant aventures exotiques, intrigue sous forme de machinations, un procès, une "explication" du complot et enfin un final stupéfiant.
Un marin désintéressé et indépendant est embauché par l'épouse d'un riche avocat sur le yacht de son mari. L'histoire utilise essentiellement le rapport de force et de séduction entre Elsa Bannister (Rita Hayworth) et Michael O'Hara (Orson Welles), sous les yeux du riche mari handicapé des jambes, curieusement indifférent, et à subir les manigances de Grisby, le sinistre associé de celui-ci.
Rita Hayworth change de registre pour un thriller et abandonne sa longue chevelure rousse pour une magnifique coupe courte blonde. On ne la voit quasiment jamais sourire; les expressions de son visage et de ses yeux sont magnifiques. Malgré leur divorce en cours, Orson Welles la met superbement en valeur dans cette atmosphère de film noir: en robe à pois en début de film, fumant allongée en maillot sur le pont du bateau, sa posture en caban et casquette de marin, sa course en robe blanche et légère dans les rues d'Acapulco, le procès avec les très gros plans sur son visage,...
Le film au scénario saucissonné et au montage tronqué doit être vu pour l'audacieuse réalisation d'Orson Welles, ses métaphores visuelles ou verbales, ses plans et scènes mémorables: échange entre Bannister et O'Hara sur l'argent et l'indépendance, la tirade de O'Hara sur un monde de requins, le rendez-vous amoureux dans le sombre aquarium aux poissons menaçants, Arthur Bannister -avocat- s'appelant à la barre pour s'interroger lui-même et faire ainsi les questions et les réponses, la déambulation psychédélique dans les coulisses du parc d'attraction déserté et la glissade sur le grand toboggan blanc, et enfin la démarche désarticulée de Bannister dans le labyrinthe de miroirs, amenant à la mythique fusillade quand chaque nouveau coup de feu brise un nouveau reflet.
(VO obligatoire car VF insupportable)