Par Jean-Sébastien Chauvin
Ca fait maintenant presque quinze ans que Pixar livre avec une régularité de métronome des films qui ont profondément changé et continuent de changer le cinéma d'animation américain (les autres Studios ont beau faire, jamais ils n'atteignent ce sentiment d'évidence et de perfection que laisse la vision d'un film de la firme à la lampe). Là-haut (réalisé par Pete Docter, à qui l'ont doit le génial Monstres & cie) vient ajouter une nouvelle pierre à l'imposant édifice Pixar, narrant les aventures d'un vieillard acariâtre (Karl Fredricksen) et d'un jeune garçon intrépide (Russell) dans un coin sauvage et inexploré d'Amérique du Sud. Avec cette particularité que le voyage s'effectuera (du moins au début) avec un moyen de locomotion peu usuel, une maison portée par une multitude de ballons (impossible de ne pas avoir vu cette saisissante image si on en juge par les innombrables affiches qui ornent les murs du pays). Il faut s'arrêter un temps sur le prologue mélodramatique qui montre d'une manière à la fois cinglante et incroyablement tendre comment une vie peut tenir dans un mouchoir de poche, et combien le réel, en s'abattant comme un oiseau de proie sur deux être humains, aura réduit à néant leurs rêves et aspirations. Derrière la rondeur de la 3D et les couleurs acidulées de la réalité animée, il y a une telle brutalité qu'on se dit que le film ne s'en remettra pas.
Commencer ainsi un film destiné en grande partie aux enfants (c'est à dire censé s'adresser à la part d'enfance des spectateurs, tous âges confondus) avec ce sentiment d'inéluctable et de tragique, est un geste incroyablement culotté et puissant dont on voit peu d'exemple dans l'animation grand public US (à part peut-être la mort de la mère de Bambi, dans le Disney du même nom…). C'est qu'il y a, dans beaucoup de films Pixar, une noirceur initiale qui vient souvent magnifier l'épopée que sont amenés à vivre les personnages, mais aussi apporter un poids de réel, permettre au spectateur de s'identifier pas uniquement à un univers fantaisiste et à des personnages farfelus mais, plus profondément, à un destin. Là-haut est chargé d'une dimension existentielle qui n'empêche jamais une sorte de candeur d'ensemble de s'épanouir. C'est même de ce clivage que le film tire sa force. Mais le scénario n'explique pas tout, et c'est, comme souvent dans les films Pixar, au travers de l'image que cette science trouve son point d'ancrage. (...)
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