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À vomir
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le 29 mai 2025
Sans rien demander à personne, Hafsia Herzi poursuit une ascension assez fascinante au sein du cinéma français. Comédienne intense et capable d’un spectre étendu d’interprétation, elle construit en parallèle une carrière de cinéaste, où le regard intime sur les différentes figures de la féminité construit un tableau authentique du paysage contemporain. Après la jeune adulte bafouée (Tu mérites un amour), la mère courage (Bonne mère), Hafsia Herzi s’intéresse à une adolescente en pleine quête identitaire et sexuelle. L’adaptation du roman de Fatima Daas s’intègre parfaitement à son univers, où la logique du portrait (de l’individu, mais également du milieu social et du collectif) prime sur la dramaturgie.
C’est là le grand parti pris face à un sujet qui promettait pourtant tous les excès : en confrontant une jeune femme au dilemme de sa foi et de son homosexualité, Hafsia Herzi ne cherche aucunement la polémique – qui, n’en doutons point, ne manquera pas de se développer. Elle construit, à rebours de la polarisation systématique des échanges, un parcours nuancé dans lequel les élans enrichissent l’éducation, l’émancipation se renforce par des valeurs, les vertiges se dilatent dans le silence.
En opposant le terrain familier de la cité (au sens large du terme) à un monde de la nuit dans lequel de nouvelles perspectives s’ouvrent en même temps que les gouffres, le récit initiatique joue continuellement des atermoiements. Fatima dévore le monde des yeux, apprend, tâtonne, rebrousse chemin. Le film semble explorer, en prenant son temps, la première partie de La vie d’Adèle, où il s’agit de se positionner, de composer avec ce qui relève de l’évidence (le soupirant masculin) et ce qui s’impose par le désir.
Mais, contrairement aux films sociaux traditionnels, dans cet héritage assez pénible d’une démonstration naturaliste au forceps (Ken Loach ou certains opus des frères Dardenne, par exemple), La Petite Dernière privilégie le quotidien au tragique, la durée à la catharsis. Fatima existe par son entourage (la brutalité du milieu scolaire, puis les très belles scènes avec ses sœurs), par ses rencontres et l’ouverture à des partenaires plus expérimentées, mais pas moins blessées.
Cet admirable sens de l’équilibre trouve son point d’orgue dans une scène majeure, qui brille par son incapacité à faire réellement sortir de l’impasse. Un échange avec la mère, dans lequel le silence tient la première place, mais où s’exprime, envers et contre tout, un amour inconditionnel. Sans aveu, sans révélation, sans révolte, un sommet d’émotion intériorisé, où la solidarité des femmes a la puissance d’un chant ancestral.
La conciliation entre ses valeurs et ses élans s’incarne à merveille dans le jeu de Nadia Melliti, qui intériorise l’intensité et bâtit une forteresse dans laquelle les ouvertures seront aussi rarissimes qu’intenses. Parce que les murailles sont toujours solidement dressées autour d’elle, et que les échappées ne semblent possibles qu’à la faveur de l’obscurité, pour creuser des meurtrières qui pourraient donner la vie.
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le 23 oct. 2025
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