La Pirogue, film du sénégalais Moussa Touré, fait immanquablement partie de ces films au sujet fort qui suscite auprès des spectateurs unanimité et empathie, au détriment d’un regard plus critique sur l’œuvre elle-même. Personne ne peut en effet nier qu’il se joue un véritable drame depuis de nombreuses années au large des côtes de l’Afrique occidentale, là où 30000 sénégalais ont tenté de rejoindre l’Europe via les îles Canaries au péril de leur vie (on pense que 5000 ont péri dans la période 2005-2010) dans des conditions dantesques. Ce qui motive ces risque-tout – essentiellement des hommes jeunes et vigoureux – n’est pas tant l’attrait pour un autre continent qu’ils n’envisagent surtout pas comme un Eldorado que la fuite d’un pays et d’un régime qui n’offrent aucune perspective aussi bien à eux-mêmes qu’à leurs enfants. Le film se divise en deux : d’une part les préparatifs, les négociations, le choix d’un capitaine jeune mais connaisseur de la mer puis celui de la trentaine de personnes appartenant à trois groupes ethniques différents et d’autre part la traversée lourde de tragédies et de drames. C’est peut-être dans son programme annoncé et prévisible que le film déçoit le plus : nous sommes dans l’expectative d’évènements forts (tempête, orage, naufrage ou mort) qui puissent pimenter une narration qui s’avère un peu plate et linéaire, probablement du fait de personnages trop superficiels et pas assez fouillés auxquels il est dès lors compliqué de s’attacher. L’exercice n’est pas simple de réussir à faire naître au cœur de ce qui constitue un moment essentiel et déterminant de l’existence de ces malheureux un souffle, une incandescence. Dans l’espace claustrophobe de la pirogue qui devient un lieu clos et surchauffé où s’exacerbent tensions et angoisses n’entre pas la proximité suffisante qui nous fasse vibrer et partager la terrible épreuve. Peut-être aussi le film lorgne-t-il trop du côté du documentaire et du dossier en oubliant d’épaissir sa dimension purement fictionnelle – les personnages paraissant trop enfermés dans des stéréotypes. On compatit forcément mais sans se sentir réellement touchés, ce qui est au final particulièrement dommageable à l’entreprise dont on ne peut soupçonner les louables et sincères intentions.
PatrickBraganti
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le 23 oct. 2012

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