Il y a des découvertes qui, parfois, peuvent changer votre trajectoire de cinéphile en herbe. Amoureux du cinéma que nous sommes, notre curiosité nous pousse de temps en temps à voir tout ce qui nous passe sous la main, allant du grand classique au sombre navet au délicieux nanar. Et là, nous avons un nouveau colosse venu des pays scandinaves, à la musculature aussi saillante que Schwarzy, aux fesses aussi fermes que celles de JCVD, un regard bovin que n'aurait pas renié Brian Bosworth, des grognements dignes d'un Gégé Depardieu dans Vidocq, un talent d'acteur aussi puissant que Reb Brown, j'ai nommé : Daniel Stisen.
Non content de détenir le rôle principal, il est aussi le producteur et l'un des auteurs de ce film véritablement taillé pour lui, une sorte de mélange entre :
- The Last of Us, mais dont la seule créature claquée serait le film,
- Commando, où un bûcheron reclus et forcément ancien membre des forces spéciales passe son temps entre être torse nu et réduire la démographie d'un pays à coups de plombs,
- Pulp Fiction, mais uniquement si vous imaginez une scène où John Travolta est encore en train de chier mais avec un fusil à pompe dans la main et un arc à coté au cas où Bruce Willis débarquerait,
- Deadly Prey, sûrement la plus grande inspiration, pour ses pièges à cons et probablement pour la qualité inattaquable de son script.
Avec toutes ces inspirations, on ne pouvait s'attendre qu'à un film d'une grande qualité et doté d'un budget immense. En dehors du fait que le film semble avoir été majoritairement tourné dans la forêt municipale du village le plus proche, ce qui étonne le plus est de voir que l'accessoiriste s'est contenté d'aller dans le Jouéclub du coin pour récupérer 3 bouts de plastique et de les peindre pour que ça ressemble à des armures, et de choper les derniers fusils à billes en solde.
Il n'y a d'ailleurs pas que dans les décors et les accessoires qu'ils ont voulu faire des économies, il y a aussi le casting qui, à part le fait qu'il soit constamment aux fraises, est en majorité composé de gens qui n'ont clairement pas l'anglais comme langue maternelle. Ce qui rend les dialogues, déjà sacrément drôles de base, déclamés à l'arrache. Ainsi, on peut se retrouver avec des pépites d'intelligence tels que :
- La peur est une illusion.
- Tout ceci est très réel.
- La douleur est réelle, la mort est réelle.
- L'amour aussi, John. Et la vie.
- L'amour se termine, la vie se termine. Mais la mort est éternelle.
Non content d'avoir des amateurs au casting, nous avons aussi droit à la crème de la crème dans l'équipe technique. Au-delà de la mise en scène qui est, il faut se l'avouer, pas honteuse pour ce qu'elle est (on se situe plutôt dans le milieu-haut du panier des DTV fauchés), on est clairement à la ramasse du coté du montage. Entre des séquences qui s’enchaînent sans aucune cohérence et les innombrables faux raccords, il y a de quoi tomber dans un sévère coma éthylique lors d'un jeu à boire au cours d'une soirée nanarde "pizza-binouze-main dans le slibard" avec les potos.
Vous l'avez compris, Last Lan Down est une découverte majeure dans le cinéma nanar. Peut-être assistons-nous même à une véritable résurgence du milieu, alors que les cinéphiles et autres amoureux d'un cinéma régressif dans la forme et le fond n'ont plus eu quelque chose d'aussi incroyable à se mettre sous la dent depuis près d'une décennie. Même si j'adorerais citer l'arrivée du Charles Bronson hongrois Robert Bronzi il y a quelques années (surtout de son déjà légendaire Escape from Cell Block 13, seul pur nanar de sa filmographie pour l'instant), rien n'arrive à la cheville de Daniel Stisen ces dernières années. Accomplir autant de choses en l'espace d'un premier film, à l'image d'un Citizen Kane, c'est magnifique.