En 1935, Universal a lancé ses franchises fantastiques et horrifiques via Frankenstein, Dracula (1931), The Mummy (1932), The Invisible Man (1933). Avec Werewolf in London (à ne pas confondre avec An American Werewolf in London, de John Landis et sorti en 1981) elle ajoute la lycanthropie à son catalogue. Ce premier long-métrage (au moins dans les circuits 'mainstream' et américains) avec loup-garou restera un coup isolé, le Wolf Man de 1941 venant corriger le tir en introduisant un protagoniste-clé (Lawrence Talbot) et un semblant de saga.
Werewolf in London est tourné en studio et apparaît presque comme du théâtre prosaïquement filmé et agrémenté sur certaines scènes. Le conflit essentiel est entre sens des réalités et fantaisies (notamment celles du docteur aux gadgets visionnaires). La bête s'exhibe dès le milieu, ensuite le métamorphosé est en chasse. Le film ne craint pas de tutoyer le ridicule, poussant aux hurlements 'à la mort' pour troubler une réception ; c'est payant puisque rapidement le soupçon est balayé. Cela donne des scènes d'horreur 'primitives' (et prudes plutôt qu'infantiles) vu soixante ou quatre-vingt ans plus tard. À défaut de pouvoir susciter des émotions fortes ou d'aller loin dans son registre 'd'appel', le film conjugue des registres et des manières qui généralement s'ignorent.
Cela donne un cocktail doux de comédie en mineur (les vieilles), de mielleux courtois d'époque se disputant aux mondanités sarcastiques et enfin de tragico-romantique. Cette dernière tendance est la plus distinctive même si là aussi le traitement est expéditif (accents mélo de l'effacement du loup). Les scènes de loup-garou restent à part, sont généreuses et efficaces. De façon générale l'approche est opérationnelle ; le maquillage et les aménagements sont convaincants, ce qui ne sera pas une règle générale même trente ans plus tard. En termes concrets et existentiels, le développement n'est pas binaire, le type transformé continue à être humain et doit gérer la situation ; il essaie de maintenir des relations apaisées, cacher son secret et obtenir le remède (le tout étant lié à la mariphasa ramenée du Tibet).
Ce film passe en premier donc les insuffisances sur la bête d'après l'encyclopédie sont à relativiser. Il y a bien ici la puissance instinctive, la démence, du demi-animal, mais pas ses côtés lubriques. C'est plutôt une espèce de cousin sous stéroïdes du zombie. Le Loup-Garou de 1941 jouira d'une mise en scène plus travaillée (pour un budget équivalent) mais souffrira de ses répétitions et de la mise en avant d'un psychologisme niais (face à quoi l'opus de 1935 est plus détaché – au lieu d'être explicatif et pourtant léger). Le réalisateur Stuart Walker, lié à la Paramount jusqu'ici, tournera une adaptation de Charles Dickens (Manhattan Moon) pour le compte d'Universal avant de s'épanouir en producteur réputé mais vite balayé.
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