Les Horizons Morts est le film de fin d'études de Jacques Demy (français connu pour Les Parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort et Peau d'âne), étudiant à l'école de Vaugirard (Louis Lumière, à Paris avant de se déplacer à Noisy-le-Grand en 1989). Il suit une poignée de courts moins 'consistants' et généralement omis (Le pont des mauves-1944, Attaque nocturne-1948). Avant le premier long en 1961, Lola avec Anouk Aimée, Demy tournera plusieurs courts ou moyens d'une vingtaine de minutes, comme Le Sabotier du Val de Loire, Ars ou Le Bel Indifférent.
Demy interprète un jeune homme usé qui passe l'essentiel des huit minutes dans sa chambre, en parvenant à errer sur place. La seule sortie dehors est l'occasion de prendre une mandale, une physique, une de plus, lui permettant de bien être rappelé à sa vocation de larve impuissante – et nous indiquant au passage qu'il est un amoureux déçu. Mais les peines de cœur semblent un déclencheur, voire la confirmation d'un état désespéré. S'il y a bien frustration, il y a aussi l'omniprésence du néant : notre héros fébrile apparaît totalement déconnecté, évanoui dans sa prison déserte.
Fumer et végéter sont ses dernières activités humaines manifestes. Sauf miracle ou changement d'âme, il passera le reste de sa vie à s'empoisonner. Le spectateur débarque au milieu de cette solitude ; celui qui attend des messages limpides ou de la clarté sortira perplexe. Il trouvera plutôt une métaphore très concrète de la noyade dans un verre d'eau et des enchaînements dé-réalisants. Ces Horizons Morts peuvent faire penser à une version muette et minimaliste du Feu Follet, des œuvres qui y puisent ou s'en rapprochent (Le Feu Follet de Malle en 1963, Un homme qui dort en 1974).
https://zogarok.wordpress.com/2016/03/05/quelques-courts-de-demy/