Les Joueurs d'échecs par Maqroll
Pendant que tout bouge autour d’eux, que leur pays est livré aux colonialistes anglais, que leurs femmes se révoltent ou prennent un amant, deux hommes de la caste supérieure indienne, oisifs et insouciants, passent tout leur temps dans d’interminables parties d’échecs… De nos jours, on appellerait cela une « addiction » et on les obligerait à suivre une cure de désintoxication ! Pour Satyajit Ray, immense réalisateur indien qui a appris le cinéma avec Jean Renoir quand il a vu celui-ci tourner Le Fleuve dans son pays, c’est tout simplement l’histoire d’une passion exclusive et enragée qui va mener les deux protagonistes au bord de la folie meurtrière avant de laisser leur amitié reprendre le dessus pour une fin paisible… toujours centrés sur leur échiquier. C’est aussi l’histoire d’une liberté qui s’achève pour tout un peuple, livré à l’occupation d’un gouvernement arrogant et méprisant pour sa civilisation millénaire (le personnage du traducteur est ici capital pour ce qu’il apporte de liaison entre les deux mondes), acceptée finalement avec une dignité exemplaire et cette résignation orientale incompréhensible pour les Occidentaux. C’est enfin un grand film d’un réalisateur inspiré et puissant, à la technique affirmée au service d’un propos universel.