À l’instar de Paul Verhoeven dans Elle (2016), Nagisa Ōshima investit le cinéma français à la manière d’un savoureux jeu de massacre qui fait imploser la bourgeoisie en exploitant ses fragilités congénitales. Car le chimpanzé, dans Max mon Amour, incarne le retour de la bestialité et du désir brutal au sein d’un microcosme régi par les apparences : les amants se suivent et sont connus, les bouquets de fleurs abondent pour remercier, excuser, acheter une paix illusoire. Nul hasard si le bilinguisme occupe une place de choix : aux langues officielles – le français, l’anglais – s’oppose un langage secret et bestial qui les rassemble toutes et fait communier les personnages dans un même trouble.


L’amour, chez Ōshima, relève de l’incontrôlable et du tabou ; il trouve son corollaire dans la chasse, activité évoquée à de nombreuses reprises et qui change les êtres en prédateurs bien plus dangereux que ledit Max, primate plutôt calme qui finit par céder à la mélancolie. De ce renversement des perspectives, représentant les hommes en animaux curieux et le singe en hôte érotique, le cinéaste japonais tire une farce cocasse dont l’absence de vigueur rythmique – son principal défaut – traduit à l’écran la domestication des pulsions de l’homme moderne, l’atrophie d’un désir que l’on attise en regardant par le trou d’une serrure.

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le 26 juin 2021

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