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Elle aurait pu nous électrocuter, Oxana... On imaginait un cri, un geste nu dans la rue, une caméra qui ne recule pas. Et puis, patatras : le film s’ouvre, s’avance, trébuche et termine en chuchotement de salle d’attente.
Oxana découvre les Femen. Mais surtout, elle découvre l’attente, le regard, la parole contrainte. Le film prétend filmer l’insoumission, il capte l’observation. Tout est lisse, presque poli. Un comble, pour un mouvement qui peint sur sa peau des slogans à coups de feutres rageurs. Ici, tout est pastel. On sort plus apaisé que secoué, plus somnolent qu’éveillé. Un comble, donc.
Charlène Favier filme sans crispation, mais sans fièvre. Après Slalom, qui grattait, ici elle caresse — avec des gants. La révolte est théorisée. Intellectualisée. Embaumée. On attendait un électrochoc : on a PowerPoint en robe blanche. La narration suit un rail, comme si tout devait aller quelque part, sans jamais oser sortir des clous. Il y a même des ralentis pour qu’on comprenne bien qu’il se passe quelque chose d’important. Pas folle, la guêpe.
Mais alors, qui sauve le navire ? Albina Korzh. Elle incarne Oxana avec assez de tension pour qu’on y croie un moment. Ses silences sont bien plus bavards que les dialogues. Les autres ? Des figurants de théâtre muet. Les Femen deviennent une toile de fond, vaguement remuante. Elles sont là, mais on les devine plus qu’on ne les vit. On entend l’écho de leurs luttes. Mais jamais le fracas.
Et le message ? Flou. On sort du film comme on sort d’une conférence trop longue : avec des notes, quelques idées, aucun vertige. L’engagement n’est ni exalté, ni discuté. Il est mis en scène, comme un costume d’époque, beau mais contraint. Oxana semble toujours ailleurs, et nous avec elle.
Alors voilà : Oxana voulait nous hurler dans les oreilles, elle nous a lu un poème à voix basse. Pas désagréable, non. Mais qui se souviendra d’un murmure, quand on attendait une claque ?
Et pourtant, on en rêvait de ce choc. Une claque esthétique, une gifle narrative. Quelque chose de sale, de beau, de bancal. Le genre de cinéma qui donne envie de courir dans la rue avec un mégaphone et un soutien-gorge sur la tête. Au lieu de ça, on a un film qui consulte son propre script comme un étudiant récite sa leçon la veille du bac.
L'esthétique ? Sage comme une image d'Épinal. Même la colère semble avoir signé une clause de confidentialité. Tout est sous contrôle, même la fureur. Pas de débordement, pas de débâcle. Oxana, c’est une tempête dans une boule à neige : joli, fermé, secoué à la main.
Par moment, on croit sentir poindre un peu d’élan. Une scène, une expression, un frisson. Mais très vite, la mise en scène remet le couvercle : « Pas trop fort, on est entre gens civilisés. » Ce n’est pas un cri, c’est une dissertation sur ce que crier veut dire.