Queer
5.9
Queer

Film de Luca Guadagnino (2024)

On reconnaîtra un mérite à Luca Guadagnino : l’éclectisme. Entre remake de giallo, romances adolescentes délicates ou cannibales et triolisme sur un court de tennis, le réalisateur refuse de s’enfermer dans un registre. De quoi ménager une certaine curiosité à son égard, et s’offrir la possibilité d’être encore séduit par une nouvelle proposition. Cela aurait pu, après le poussif et clinquant Challengers, être ce Queer, ambitieuse et audacieuse adaptation des écrits de Burroughs, où Daniel Craig se perd dans la moiteur de l’Amérique latine. Entre alcools, drogues hallucinogènes et expériences sexuelles avec la jeunesse qu’il a perdue, son parcours chaotique reflète bien l’univers de l’écrivain de la beat generation, sans pour autant en atteindre le mystérieux pouvoir de fascination.


La crudité des scènes de sexe est certes remarquable : elle s’inscrit dans un contexte où, après une période de pruderie caractérisée, certains auteurs tentent un retour de la chair : les tentatives d’Emmanuelle d’Audrey Diwan ou de Babygirl en témoignent. L’engagement total de Craig, bien loin de la figure glamour qu’il était obligé de tenir durant ses années au service de sa majesté, est effectivement notable, et Guadagnino accroît son exploration de la sensualité entre hommes qu’il avait déjà initiée dans Call me by your name. Un motif qui se retrouve dans cette reconstitution en studio d’une jungle poisseuse, la très belle photographie des rues de nuit et la fusion des êtres dans des apogées hallucinatoires plutôt radicaux.


Mais les soubresauts proposés ne suffisent pas à sortir du marasme cette gueule de bois généralisée, d’une longueur démesurée, accumulation de beuverie, de sexe et de cynisme désenchanté sur les paradis artificiels et la vaine quête de fusion à l’autre. Pour combler ce vide, Guadagnino croit nécessaire de nous gratifier de ses affèteries habituelles de mise en scène, en filmant en plongée depuis les arbres en fleurs, ou en plaquant Come as you are de Nirvana pour des séquences clipesques hors sol. De quoi dissiper tous les effets possibles de l’ivresse, et laisser une solide gueule de bois.

Sergent_Pepper
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