On le sait, les personnages afro-américains n'ont jamais eu une espérance de vie très élevée dans les slashers où ils apparaissent parmi un sempiternel groupe de jeunes héros insouciants à la peau blanche. Mais qu'arriverait-il si, pour une fois, toutes les cibles de l'inévitable tueur masqué étaient exclusivement noires ? Eh bien, peut-être devraient-elles déterminer quelle est la "plus noire" d'entre elles pour espérer survivre...
Une idée plutôt drôle, chargée de dénoncer les stéréotypes véhiculés par tout un pan du cinéma du genre et à l'origine d'un sketch à succès de Comedy Central étendu aujourd'hui en long-métrage sous l'égide de Tim Story (les films "Les 4 Fantastiques" des années 2000).
Avec son postulat certes amusant mais hérité d'une très courte pastille humoristique, "The Blackening" fait d'abord craindre le pire en passant dans une version longue qui ne semble pas avoir grand chose à dire de plus.
L'ajout d'un mystérieux jeu au design raciste et vecteur de questions/remarques au sujet de la place des afro-américains sur les écrans US a beau déboucher sur quelques dialogues bourrés d'autodérision de la part de héros bien conscients de leurs sorts très précaires dans cette situation spécifique, "The Blackening" se complaît trop longtemps dans les standards d'un slasher satirique plus que lambda, se contentant d'agglomérer les clins d'oeil ou poncifs de la catégorie sans grande inspiration (la réalisation est aussi plate que le manque cruel d'imagination sur les agissements de son assassin), si ce n'est la plus-value de son groupe d'amis afro-américains caricaturaux, mêlant leurs propres stéréotypes à ceux attendus des héros habituels d'un tel film.
Et, à l'heure où une partie du cinéma d'horreur/épouvante US trouve un nouveau souffle qualificatif grâce à des cinéastes noirs mettant avec une réelle originalité leurs préoccupations et combats de société au coeur de récits du genre, l'approche badine et pas très inventive de "The Blackening" sur ces questions apparaît déjà un peu datée avant même d'être arrivé à la fin de son visionnage, surtout dans le registre du slasher souvent tourné en ridicule par le passé.
Pourtant, quand le film reprend les éléments du sketch pour en offrir une variation "extended" avec ses propres protagonistes (mieux vaut ne pas l'avoir vu avant d'ailleurs), il faut bien reconnaître que "The Blackening" trouve une veine comique efficace dans sa deuxième partie plus mouvementée, où ses personnages révèlent le meilleur de leurs potentiels respectifs en parallèle d'un contexte assez malin pour ne jamais oublier de mêler ses résonances très 80's (les motivations de son tueur font par exemple écho à bien des films de cette époque) à ses vannes les plus résolument imprégnées de modernité.
Pas assez convaincant au niveau de ses ambitions pour s'imposer comme une version longue indispensable du sketch originel, "The Blackening" en tire néanmoins quelques vraies bonnes fulgurances humoristiques grâce à des héros piégés dans la grammaire parfois si absurde du slasher à leur encontre.