Cover Glauber Rocha - Commentaires

Glauber Rocha - Commentaires

Enfant extravagant de cette mosaïque de la civilisation moderne qu’est l’Amérique latine, Glauber Rocha manifeste à travers ces quelques films des dons de polémiste virulent, affirme une véhémence tous azimuts, un souffle politico-poétique où se conjuguent en un étrange patchwork les influences du cinéma soviétique, de la littérature de colportage, du documentaire social, du théâtre symboliste et du western.


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1. Terre en transe (1967)
2. Antonio das Mortes (1969)
3. Le dieu noir et le diable blond (1964)
4. L'âge de la terre (1980)

Liste de

4 films

créée il y a plus de 9 ans · modifiée il y a plus de 6 ans
Le Dieu noir et le Diable blond
6.5

Le Dieu noir et le Diable blond (1964)

Deus e o Diabo na Terra do Sol

2 h. Sortie : 30 août 2023 (France). Drame, Western

Film de Glauber Rocha

Thaddeus a mis 5/10.

Annotation :

Dans le Sertão, la brousse aride du Nord-Est brésilien, un couple de paysans croise la route d’archanges en lutte contre une société féodale, barbares prophètes au mysticisme sanguinaire détournant la colère du peuple par les pratiques magiques et le délire verbal, hors-la-loi sauvages allant jusqu’à décapiter les pauvres pour ne pas les laisser mourir de faim. Recourant à une insistante imagerie héritée du moyen âge portugais, qui épouse les inflexions et les détours de la chanson de geste, Glauber Rocha critique et démystifie cette révolte et les légendes dorées qu’elle a engendrées. C’est du moins ce que l’on pense saisir de cette très étrange épopée buñuelienne, dont la théâtralité hystérique, la lenteur éprouvante, la radicale irréalité d’expression instaurent une distance qui rend vite totalement extérieur.

Terre en transe
7

Terre en transe (1967)

Terra em transe

1 h 55 min. Sortie : 7 février 1968 (France). Drame

Film de Glauber Rocha

Thaddeus a mis 9/10.

Annotation :

L’ElDorado, république faussement fictive d’Amérique du Sud où les idéologies sont passées au pétrin des intérêts capitalistes, où les serviteurs de l’engagement populaire s’avèrent être les pions d’un système qui s’autogénère en engloutissant tous ses ennemis. Avec la lucidité acerbe et la vigueur romanesque d’un polémiste acharné, Rocha analyse les mécanismes de l’appareil médiatico-politique, les compromis du populisme et du réformisme, les manœuvres et les alliances occultes, la tentation messianique de la lutte armée. Le réalisme conventionnel implose dans un récit tout en ruptures, pensées intérieures et enchâssements temporels, quelque part entre Buñuel et Kalatozov, qui s’accorde à la soif d’absolu d’un homme miné par l’impasse de son combat. Une œuvre prodigieusement dense et complexe.
Top 10 Année 1967 :
http://lc.cx/BCh

Antonio das Mortes
6.4

Antonio das Mortes (1969)

Santo guerrero contro o dragao da maldade

1 h 35 min. Sortie : 14 juin 1969 (France). Drame, Western

Film de Glauber Rocha

Thaddeus a mis 6/10.

Annotation :

Rocha semble vouloir fusionner cinéma, théâtre et musique "tropicalistes" à travers cette évocation baroque d’un tueurs de cangaceiros chargé par un grand propriétaire de liquider une communauté de pieux paysans vivant sur ses terres. La maîtrise des moyens et des ruptures assure l’unité d’une œuvre totalisante, dont la dimension épique est entretenue par un style extrêmement bariolé à la Paradjanov. Sorte de parabole sanglante et mystique sur la corruption contemporaine du Brésil, où le combat du protagoniste dessine une prise de conscience tardive, la concrétisation d’un rêve de justice sociale longtemps bafoué, et où le paysage rural du Nordeste permet tous les épanchements plastiques et chorégraphiques, le film ne laisse pas de surprendre – pour ne pas dire dérouter.

L'Âge de la Terre
6.8

L'Âge de la Terre (1980)

Idade da terra

2 h 40 min. Sortie : 17 novembre 1980 (Brésil). Comédie dramatique

Film de Glauber Rocha

Thaddeus a mis 4/10.

Annotation :

Embarqué dans un discours poétique où roulent les métaphores et où cascadent les imprécations furieuses, le spectateur plus ou moins paumé tente de se raccrocher à quelques maigres repères. Il peut se laisser enivrer par cette hystérie formelle, ce désordre saturé, ce confusionnisme idéologique, ce méli-mélo religieux, ce sérieux rigolard et ce carnavalesque ulcéré cherchant à exalter un messianisme réincarné dans un singulier syncrétisme populaire. Mais il peut aussi (c’est mon cas) se faire proprement assommer par une parole devenue bavardage, par une transe mystique qui n’est plus qu’un hoquet nauséeux, par la défense d’un nationalisme mégalo, par un folklore emplumé sinon empaillé, par un laisser-aller, un débraillé et un n’importe quoi tonitruants qui se croient valeurs révolutionnaires.

Thaddeus

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