Cover Kitano : Filmographie

Kitano : Filmographie

"Je suis un réalisateur qui ne cherche pas à séduire. Si le spectateur aime ce que je fais, c’est un bonus. Mon but est de créer des films qui soient authentiques, pas des films qui plaisent à tout le monde." (Kitano)

Liste de

16 films

créée il y a 12 mois · modifiée il y a 11 mois
Violent Cop
7.2

Violent Cop (1989)

Sono otoko, kyobo ni tsuki

1 h 43 min. Sortie : 25 mars 1998 (France). Policier, Drame, Thriller

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

Initialement, Takeshi Kitano est seulement engagé comme acteur pour tenir le premier rôle. Toutefois, à la suite de la défection du metteur en scène Kinji Fukasaku, il accepte de mettre en scène Violent Cop, s'attelant ainsi à la réalisation de son premier film. Il remanie considérablement le scénario : d'une histoire policière classique, il ne garde que la trame et concentre son attention sur le personnage principal qu'il incarne et qui devient un antihéros solitaire et à contre-courant.

« J'ai dit oui. Le problème, c'est que je n'avais jamais dirigé quelqu'un ni appris les normes cinématographiques (de ma vie, je n'ai vu que quelques films). Lorsque je suis arrivé sur le plateau, j'ai dû me battre pour imposer ma vision au reste de l'équipe. Je ne voulais surtout pas voir des choses inutiles lors des déplacements de la caméra. À la sortie, on m'a dit que je ne savais pas filmer. » (Kitano)

Takeshi Kitano tourne des plans fixes, tranquilles, dans un style que l'on retrouve ensuite dans ses autres réalisations. La violence apparaît décalée, en total désaccord avec les autres plans. « Il n'y a pas de mouvement de caméra. Pas de haut ni de bas. La violence est comme la comédie : elle arrive soudainement, nous surprend, sans nous avertir. Je pense qu'il est plus effrayant de voir le poing que celui qui est frappé. » (Kitano)

Jugatsu
6.8

Jugatsu (1990)

1 h 35 min. Sortie : 14 avril 1999 (France). Comédie dramatique, Gangster

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 3/10.

Annotation :

"Quand j'ai parlé du projet de Jugatsu aux gens de la Shochiku, j'ai précisé qu'il y avait un personnage de yakuza. Ils ont aussitôt répliqué que je devais jouer le rôle, ce que je comptais faire de toute façon. Je ne pouvais pas jouer le personnage principal et je m'étais donc créer ce petit rôle pour moi. Avec le recul, je crois que c'était une erreur […] A l'arrivée, c'est ce qui a déséquilibré le film".

"C'est un peu mon film chéri. Je l'aime d'une façon assez particulière, comme des parents peuvent aimer un enfant monstrueux. Je crois qu'il mérite un match retour. Un jour, je lui trouverai une suite"

A Scene at the Sea
7.4

A Scene at the Sea (1991)

Ano natsu, ichiban shizukana umi

1 h 41 min. Sortie : 23 juin 1999 (France). Romance, Comédie dramatique, Drame

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 8/10.

Annotation :

"Après un deuxième film violent, j’ai voulu changer de registre et tenu à réaliser une histoire d’amour pur. Ce fut A scene at the sea, un film que certains critiques ont jugé « mystique » alors que je crois qu’il est plutôt « initiatique ». C’est un film qui parle aussi de la mort. Des critiques ont jugé ce film plastiquement maîtrisé. Des chroniqueurs, des fans, des spectateurs, ont loué la beauté des images. J’ai fait vraiment l’effort de soigner au maximum la perfection des cadres, dans lesquels je m’étais autorisé des travellings assez rares, originaux, pour filmer les déplacements des personnages. Lors d’un tournage, il peut m’arriver, même fréquemment, de prendre une certaine liberté avec le scénario. J’aime bien privilégier l’improvisation. Quand je suis derrière la caméra, je chasse du champ les éléments qui ne m’intéressent pas. Tout va très vite. Je filme de façon assez rapide, presque déterminée, je dirais."

"J’aime multiplier les plans longs et fixes. Pas de recours au zoom ni de plongée. C’est assez évident dans A scene at the sea, pour lequel j’ai beaucoup filmé par plans fixes successifs, et jamais zoomé pour ne pas donner trop de détails sur une situation ou sur un personnage, sur l’expression de son visage, son état d’esprit. Pendant le tournage, les techniciens voulaient manoeuvrer davantage la caméra, je n’y tenais guère. Je tenais à mes cadres statiques. Je pense qu’un plan fixe amène au contraire une part de mystère, une restitution brute que j’apprécie. Je crois que chacun de mes plans est le résultat d’une « équation psychologique ». Au fil des scènes je m’arrange surtout pour laisser au spectateur le soin de se faire sa propre idée, celle qui va lui sembler la meilleure et lui amener le maximum de réconfort, de plaisir. La recherche du divertissement est une obsession. Dans ce film, la mer, l’écume, le rythme des vagues en arrière-plan, le ciel bleu ou nuageux, ainsi que la lenteur recherchée de l’action ont pu bercer et emballer quelques spectateurs ; ce sont de toute évidence des effets esthétiques susceptibles d’émouvoir" (Kitano)

Sonatine - Mélodie mortelle
7.7

Sonatine - Mélodie mortelle (1993)

Sonatine

1 h 34 min. Sortie : 3 mai 1995 (France). Gangster, Drame

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 8/10.

Annotation :

"Je ne pense pas que les yakuzas doivent mourir comme des bêtes, ou comme de vulgaires cafards, en tout cas moi, j'ai besoin de montrer ce qui les rends violents. Je n'approuve pas qu'ils usent de la violence pour réussir, mais je cherche à comprendre l'origine de cette violence car ils sont eux-mêmes malmenés et n'ont pas d'autres choix." (Kitano)

Kids Return
7.7

Kids Return (1996)

Kizzu ritân

1 h 48 min. Sortie : 16 avril 1997 (France). Policier, Drame, Sport

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

« Kids Return est un film sur la jeunesse, mais ce n'est pas un film qui glorifie la jeunesse. C’est plutôt un film qui montre comment la jeunesse peut être détruite par la réalité. »

« La boxe, c’est une métaphore. Ce n’est pas une histoire sur des boxeurs, mais sur la violence de la vie, ce que nous devons affronter pour grandir. »

« Ce n’est pas un film où tout est joli. Je veux que les gens voient la vérité derrière les sourires et les rêves. »

Hana-bi
7.8

Hana-bi (1997)

1 h 43 min. Sortie : 5 novembre 1997. Policier, Drame, Romance

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 8/10.

Annotation :

Kitano a été longtemps connu au Japon pour son personnage comique à la télévision : Beat Takeshi. Le public japonais était incapable de prendre au sérieux le travail de Kitano comme cinéaste jusqu'à ce film Hana-bi multi récompensé à l'international. En remportant ces nombreux prix au Japon, il a gagné le respect des japonais pour son travail de réalisation et pour les rôles sombres qu'il campe dans ses films.

Les superbes peintures que l'on voit défiler tout au long du film, ont été peintes par Kitano, peu après l'accident de moto qui a failli lui coûter la vie en août 1994.

L'Été de Kikujiro
7.7

L'Été de Kikujiro (1999)

Kikujirô no natsu

2 h 02 min. Sortie : 20 octobre 1999 (France). Comédie dramatique, Road movie

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

Dans L'été de Kikujiro, le personnage incarné par Kitano est contraint de venir en aide à Masao, incarné par Yusuke Sekiguchi. Au départ, ils sont très distants et ne se parlent que très peu. Pour maintenir ce degré de réalisme, le cinéaste mettait volontairement de la distance entre lui et le jeune comédien. Avec sa franchise habituelle, Kitano nous parle de sa relation avec l'acteur, lui qui n'est pas très à l'aise avec les enfants : "Au début, Yusuke et moi, on ne se parlait pas. Exactement comme nos personnages dans le film. Il m'évitait. Mais à la fin du tournage, nos rapports sont devenus plus ouverts. L'écart qui nous séparait s'est réduit progressivement. Exactement comme dans l'histoire. (...) Mieux vaut ne pas compter sur le talent d'acteur des enfants. Quand ils essaient de jouer ou quand ils jouent trop bien, ça paraît mieux, mais ensuite, je les trouve prétentieux. Je déteste ceux qui jouent trop bien. Je les préfère mal dégrossis. Ou, disons, quand ils restent eux-mêmes"

Takeshi Kitano a appelé son personnage principal Kikujiro, qui est le prénom de son père. En effet, le réalisateur n'a jamais vraiment eu de relations avec son père, un homme taciturne, alcoolique et violent : "Je me souviens avoir joué une seule fois avec lui. (...) Durant mon enfance, mon père ne m'aura vraiment parlé qu'à peine trois, peut-être quatre fois. Le personnage principal est un homme d'une cinquantaine d'années qui refuse d'admettre sa déchéance. Il se pose des tas de questions. C'est quelqu'un, sentimentalement, de très maladroit. Il ne sait jamais quoi dire à cet enfant de neuf ans, Masao, qui durant les vacances d'été, débarque dans sa vie sans prévenir. Je voulais que ce film soit un road movie, à pied, car quand on marche, pas à pas, le temps passe différemment"

"Le film se démarque des autres histoires que j'avais faites jusque-là. Pour une fois, il me semble que ce film penche plutôt du côté de la vie que de la mort. L'enfant symbolise l'espoir, l'avenir, un monde meilleur. Avec ce film, je crois avoir voulu rendre hommage à l'idée que je me fais de l'humanité"

Aniki, mon frère
7.2

Aniki, mon frère (2000)

Brother

1 h 54 min. Sortie : 13 décembre 2000 (France). Gangster, Drame, Thriller

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

« Puisque le film devait être tourné aux Etats-Unis, et que je suis moi-même japonais, avec une maîtrise imparfaite de la langue anglaise, il était logique que l'histoire soit celle d'un Japonais arrivant aux Etats-Unis. Le polar moyen avec poursuites et explosions de voitures ne m'intéresse pas. Il existe une tradition spécifique du film de yakuza au Japon, et je voulais faire un film qui adapte ce concept au décor américain. » (Kitano)

Dolls
7.1

Dolls (2002)

Dôruzu

1 h 54 min. Sortie : 30 avril 2003 (France). Drame, Romance

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 6/10.

Annotation :

« Lorsque j'étais encore un aspirant comédien à Asakusa, j'ai vu un jour un homme et une femme attachés l'un à l'autre par une corde. Les habitants du quartier les appelaient 'les mendiants errants'. Il y avait beaucoup de rumeurs à leur sujet, mais personne ne savait vraiment comment ils étaient devenus vagabonds. La vision des mendiants errants est restée gravée dans ma mémoire et j'ai toujours voulu réaliser un film avec des personnages comme eux.» (Kitano)

Sorte de captation d'une pièce de bunraku, le film se devait de posséder un habillage unique. Le couturier Yohji Yamamoto a donc créé des costumes somptueux, parfois anachroniques qui ont dérouté Kitano lorsqu'il les a vus sur le plateau : « Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai laissé faire Yohji Yamamoto sans aucune concertation. Je lui ai laissé une totale liberté de création, un peu comme s'il créait son propre défilé dans le film. Lors de la première session d'essayage, Yohji nous a présenté les costumes de l'automne et ceux des mendiants errants. Miho, l'actrice principale, portait une robe rouge vraiment très loin des vêtements que portent les mendiants ! Quand je l'ai vu, j'ai failli tomber à la renverse. J'ai vraiment paniqué pendant un instant. Puis je me suis calmé et j'ai dit : 'Leurs costumes ne doivent pas nécessairement être réalistes puisque c'est l'histoire de marionnettes humaines'. Nous étions devant un phénomène inverse : normalement, les costumes s'adaptent au film. En fait, il est arrivé que nous ayons à changer de lieu de tournage pour mieux s'accorder aux costumes.»

Achille et la Tortue
6.9

Achille et la Tortue (2008)

Akiresu to kame

1 h 59 min. Sortie : 10 mars 2010 (France). Comédie

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Achille et la tortue est le troisième volet d'une trilogie sur la création. "Dans Takeshis', je racontais le conflit entre Beat Takeshi, la star de cinéma et Takeshi Kitano, la personne qui je suis dans l’intimité, avec en toile de fond, des considérations sur ma vie amoureuse passée", raconte le réalisateur. "C’est l’histoire d’un comique qui perd pied, à force de jouer différents rôles. C’est devenu un film très étrange (...) Glory to the Filmmaker racontait l’histoire d’un metteur en scène qui s’interroge sur le genre de films qu’il veut réaliser (...) J’avais l’ambition de faire un film fellinien mais le résultat s’est avéré totalement différent. Néanmoins, mon film traite du dilemme entre ambition artistique et succès populaire. Achille et la tortue est la somme de mes investigations. Mon personnage de peintre croit qu’il est talentueux alors que le monde entier pense l’inverse. L’implication totale dans un processus créatif est la solution du problème. La question de savoir si l’oeuvre sera un triomphe n’est pas pertinente (...) S’investir totalement dans l’acte créatif devient de l’art en soi et ce processus se suffit à lui-même. C’est la conclusion à laquelle parvient mon personnage. La mienne, c’est qu’il est fondamental de continuer à travailler et à jouer la comédie, contre vents et marées."

« Avec du recul, je constate à quel point les deux premiers épisodes, Takeshis’ et Glory to the Filmmaker! sont bizarres. Je traversais une période de remise en question... En ce qui concerne Achille et la tortue, j’avais accepté la réalité de mon âge, j’étais à l’aise et apaisé. »

Outrage
6.8

Outrage (2010)

Autoreiji

1 h 49 min. Sortie : 24 novembre 2010 (France). Policier, Drame, Gangster

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

"Je voulais faire quelque chose de différent de ce que j’avais fait auparavant. Outrage n’est pas un film qui glorifie la violence, mais un film qui montre la brutalité du monde, sans compromis."

"Je voulais revenir à l’essence du cinéma de yakuza, mais en l’actualisant. Je voulais aussi aller à l’encontre de la vision romantique qu’on peut avoir de ce monde."

"La violence est nécessaire pour montrer l’absence de valeurs dans ce monde. C’est un monde où la loyauté et l’honneur existent, mais ils sont constamment mis à l’épreuve, et c’est là que la violence prend toute sa place."

"Les personnages d’Outrage ne sont pas des héros, mais des hommes qui, par leurs choix, se retrouvent à affronter un destin qu’ils ne peuvent contrôler. Leur loyauté les mène à leur perte."

Zatoichi
7.2

Zatoichi (2003)

1 h 56 min. Sortie : 5 novembre 2003 (France). Action, Aventure

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

Le projet fut proposé à Takeshi Kitano par Madame Chieko Saito, une amie intime de Shintaro Katsu, qui interpréta le rôle de Zatoichi au cinéma et à la télévision de 1962 à 1989. Elle lui demanda de mettre en scène une suite à ces aventures :
"Le projet m'intéressa immédiatement, car je n'avais à ce jour jamais travaillé sur un film historique et en costumes. Mais lorsqu'elle a ajouté qu'elle souhaitait que je reprenne le rôle titre, j'ai paniqué. Il n'était pas question que je remplace Shintaro Katsu dans ce personnage qu'il avait marqué de sa personnalité. J'ai doncpoliment décliné l'offre, mais c'était sans compter sur la ténacité de Madame Saito..."

Outrage 2
6.6

Outrage 2 (2012)

Autoreiji: Biyondo

1 h 52 min. Sortie : 6 octobre 2012 (Japon). Action, Gangster, Drame

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

« Le premier Outrage a été un tel succès qu’il appelait un prolongement. Mais j’étais un peu irrité par la quantité de questions que l’on me posait sur la violence, alors que j’avais porté un soin particulier à l’intrigue. J’ai donc décidé que cette fois-ci j’allais développer encore plus l’histoire. »

« Ce n’est pas une stricte représentation de la réalité ; plutôt un commentaire sur ce qui s’est passé au plus fort de la bulle économique au Japon dans les années 80 et 90. Les organismes bancaires prêtaient de l’argent à n’importe qui, y compris aux organisations criminelles. Une des raisons de l’explosion de la bulle, c’est que les yakuzas n’ont pas remboursé leurs emprunts aux banques ! »

Outrage Coda
6.2

Outrage Coda (2017)

Autoreiji saishusho

1 h 44 min. Sortie : 1 décembre 2017 (France). Action, Gangster, Thriller

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

« Aujourd’hui, on vit dans une société de globalisation, régie par les grandes corporations. On est guidé par les enjeux financiers et de plus en plus détaché des problèmes des autres. Avant, on prenait soin de ses employés. Les yakuzas sont immensément puissants au Japon. »

« Je suis un peu fatigué de me consacrer à la violence, alors j'ai mis beaucoup d'autres éléments dans le nouveau film. »

Citizen Kitano
6.6

Citizen Kitano (2020)

52 min. Sortie : 31 mars 2021 (France). Portrait, Cinéma

Documentaire TV de Yves Montmayeur

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

Si, en France, Takeshi Kitano apparaît comme un cinéaste brillant et multirécompensé, adepte d’une noirceur stylisée, on connaît moins son double comique, Beat Takeshi, célèbre au Japon pour son humour corrosif et ses tenues délirantes. Deux visages d’une même révolte, issue d'une enfance à la dure. Né dans un quartier pauvre de Tokyo dévasté par les bombardements américains, le jeune Takeshi souffre de privations. Dissipé à l'école, il prend des coups et riposte par l'insolence. "J'ai pris l'habitude à cette période de râler et de me rebeller contre toute forme d'autorité", raconte-t-il. Étudiant en sciences pour faire plaisir à sa mère, qui le rêve ingénieur, il se passionne pour Sartre et Debord, et rejoint les barricades du Mai 68 nippon. Sa fascination pour le théâtre l'attire dans le quartier d'Asakusa, royaume des cabarets et des acteurs de "manzai", duo comique typiquement japonais dans lequel il débutera.

Devenu une star de la télé, il obtient un rôle dramatique au cinéma dans "Furyo" (1983) face à David Bowie. Mais le public japonais, habitué à ses gags, s’esclaffe lorsqu'il le voit à l'écran. Kitano va alors se forger une crédibilité dans le registre tragique. Il multiplie les rôles de "méchant", passe derrière la caméra et s’invente un personnage de dur à cuire intègre et sanguinaire qui hante ses films, de "Sonatine, mélodie mortelle" à "Outrage".

Acteur, réalisateur, romancier, agent provocateur cathodique, artiste à l’ingénuité assumée, dont les "gribouillages de gamin" ont été exposés à la Fondation Cartier, cet adepte des nuits courtes change de casquette comme de déguisement, se travestissant en porc-épic géant, savant fou ou geisha – voire en Donald Trump, lorsqu’il rencontre Yuriko Koike, la gouverneure de Tokyo, en se plaignant de sa taxe d'habitation "exorbitante" ! Une virée dans le pan déjanté de la culture japonaise, sur les traces d’un artiste caméléon, qui a accordé au réalisateur un rare entretien.

Kubi
6.1

Kubi (2023)

2 h 11 min. Sortie : 23 novembre 2023 (Japon). Action, Historique, Drame

Film de Takeshi Kitano

abscondita a mis 7/10.

Annotation :

Kubi, terme japonais qui signifie cou mais qui est utilisé aussi pour désigner une décapitation, se situe dans le contexte des guerres de clans du Japon féodal, centré sur l’épisode historique de la trahison de Honnō-ji, où Oda Nobunaga fut tué par son vassal Akechi Mitsuhide. Kitano s’attaque donc ici à un épisode mythique de l’histoire japonaise, un peu comme s’il faisait Les Rois Maudits version yakuza — mais en samouraï.

Ce film est une satire du pouvoir : les grands seigneurs sont montrés comme des pantins grotesques, obsédés par la conquête mais incapables de loyauté ou de profondeur.

La décapitation devient un motif récurrent, presque absurde, comme si l’histoire elle-même n’était qu’une suite de têtes qui tombent — ce qui pourrait être une manière de dire : “voilà à quoi a mené notre glorieuse tradition militaire”.

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