Si le provençal, qui n'a que des sons pleins, eut prévalu, il aurait donné au français l'éclat de l'espagnol et de l'italien ; mais le midi de la France, toujours sans capitale et sans roi, ne put soutenir la concurrence du nord, et l'étoffe du patois picard s'accrut avec celle de la couronne. C'est donc le génie clair et méthodique de ce jargon et sa prononciation un peu sourde, qui dominent aujourd'hui dans la langue française.
...
Et si on peut juger un homme par ses paroles, on peut aussi juger une nation par son langage.
...
Si Ronsard avait bâti des chaumières avec des tronçons de colonnes grecques, Malherbe éleva le premier des monuments nationaux. Richelieu, qui affectait toutes les grandeurs, abaissait d'une main la maison d'Autriche, et de l'autre attirait à lui le jeune Corneille, en l'honorant de sa jalousie. Ils fondaient ensemble ce théâtre, où, jusqu'à l'apparition de Racine, l'auteur du Cid régna seul. Pressentant les accroissements et l'Empire de la langue, il lui créait un tribunal, afin de devenir par elle le législateur des lettres. A cette époque, une foule de génies vigoureux s'emparèrent de la langue française, et lui firent parcourir rapidement toutes ses périodes, de Voiture jusqu'à Pascal, et de Racan jusqu'à Boileau.
...
Si on ne lui trouve pas les diminutifs et les mignardises de la langue italienne, son allure (la langue française) est plus mâle.
La langue française est aussi initiatrice d'une mauvaise habitude quotidienne moderne:
Les premiers journaux qu'on vit circuler en Europe étaient français, et ne racontaient que nos victoires et nos chefs-d'oeuvre.
Rivarol fait aussi quelques commentaires divertissants:
Sur Beaumarchais:
"Ouf! (dit Beaumarchais) j'ai tant couru aujourd'hui que j'en ai les cuisses rompues.
-C'est toujours cela"
Sur la femme:
La nature ayant à créer un être qui convint à l'homme, par ses proportions, et à l'enfant, par son moral, résolut le problème en faisant de la femme un grand enfant.
Sur le mariage:
Un duc fait une duchesse, un homme d'esprit ne fait pas une femme d'esprit.
Concernant l'idée véhiculée par ce livre, je ne peux qu'être opposé à toute tentative d'impérialisme, d'universalisation et d'uniformisation des cultures.
Rivarol, en parlant d'une femme du monde, dit également:
Dieu lui-même eut changé pour elle les termes du premier commandement.
Aimée de Coigny écrivit:
Tous les Français aiment la France, c’est vrai, mais jamais la même.
Elle a sacrément raison, cette femme!