Georgia ou la belle écriture d'un noir avenir!
C'est un premier roman qui a été élu en 2014 par le jury de la Porte Dorée. Un slameur et poète, chroniqueur radiophonique, Julien Delmaire nous offre avec Georgia une magnifique écriture toute en liberté et en créativité. On sent bien la capacité de l'auteur à nous gratifier d'images multiples dont son expérience de slameur l'a sûrement enrichi.
A travers l'histoire de Venance, immigré Africain, sa rencontre avec Georgia, étudiante aux Beaux-Arts, et le monde qui les entoure, dont ils sont à la fois acteurs et spectateurs, nous découvrons ce que nous ne voyons pas ou plus exactement, ce que nous croisons sans nous apercevoir ou sans savoir regarder.
Nous nous attachons à Venance dans sa capacité à se mobiliser dans la vie qu'il crée, qu'il s'invente ici, toujours en arrière fond la permanence de ce qu'il a quitté, qu'il continue a nourrir dans sa tête et dans ces transferts d'argent. Et Georgia nous émeut par son mystère, ses silences, ses gestes qui nous découvre toute sa détresse, sa quête, sa détermination à rester libre, indépendante, sans attaches et combien prisonnière. Leur rencontre est la “passion” de deux solitudes qui s'apprivoisent, progressivement, jusqu'au moment de l'impossible amour, et rompre sans querelle mais dans la violence du milieu qui les contraint, à travers le personnage de Samba, compagnon de jeu de l'enfance de Venance, devenu caïd le temps de se faire construire au pays l'hôtel touristique dont il rêvait.
Le drame advient et c'est Diallo, le copain du pays, militant ici, activiste pendant la grève de la faim des sans-papiers, “terminée dans le chaos, les grévistes avaient été hospitalisés de force, dispersés aux quatre coins du département ...”, Il l'exprime dans sa colère “Il était prêt à déchirer tous les sourires Banania des murs de France. Il n'irait pas au travail ce soir, ni demain, il fallait que cela cesse, que tout cesse. Il mit son poing contre ses dents et l'âcreté du sang acheva de le convaincre: il devrait se battre encore.” (pg 239)
http://blogs.mediapart.fr/blog/arthur-porto/140814/prix-litteraire-de-la-porte-doree