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"Si nous ne brûlons pas" de Justine Bo : ici et là-bas

C’est un roman de l’aventure et de l’intime qui vient de trouver sa place dans le catalogue des Editions des Equateurs. Justime Bo propose Si nous ne brûlons pas, le récit de pérégrinations aussi bien à l’intérieur d’elle-même qu’à l’intérieur de son (ses ?) pays. Lettres it be a fait le voyage avec la jeune auteure née en 1989 à Cherbourg et vous en dit un petit peu plus.


La bande-annonce


« À l’épreuve du vide, j’appris à ne me fier qu’au territoire. Il est la seule matière, l’unique élément de la vie des hommes. Je me méfie du récit des origines, des sociologies, des familles. J’accorde peu de crédit au mythe de l’éducation et aux affres du travail, mais je crois absolument à la Bible que nous livrent les territoires. »
Le roman débute dans une petite ville française de bord de mer, construite comme un bastion. Une cale au regard de l’univers. La narratrice a 27 ans et une conviction : échapper au piège de la reproduction. Elle étudie la rage au ventre, avec l’obsession de « s’en sortir », de déjouer les frontières. De la côte Atlantique au Proche-Orient, puis aux États-Unis, elle part à la recherche de son identité. Mais il n’est pas de fuite ni d’ascension qui ne connaisse de chute.
La géographie intime de Justine Bo fouille les lieux honnis : ceux de l’origine et de la déchirure. Sa plume âpre révèle la violence de notre société, engoncée dans ses territoires. L’insurrection passe alors par l’écriture et la création. Ce road movie incandescent dresse autant le portrait d’une époque que celui d’une évadée.


L’avis de Lettres it be


Pour son troisième roman, Justine Bo s’aventure sur des pistes plutôt périlleuses de la littérature. Après le remarqué Le type qui voulait arrêter de mourir paru en 2016 ou encore Fils de Sham sorti pour sa part en 2013, Justine Bo renoue une fois encore avec ses terrains de prédilection : le voyage et la parole donnée aux gens d’en bas et d’ailleurs. Facile de glisser dans le lieu commun et le déjà lu lorsque l’on fait se confronter sa plume à de telles thématiques. Et pourtant, par un exercice d’équilibrisme globalement bien mené, l’auteure délivre un ouvrage intéressant, captivant par moment, rudement bien écrit. C’est d’ailleurs sur ce point que l’on retire la principale grande force de ce livre : Justine Bo sait écrire, et même plutôt bien. De quoi donner à la forme un important retentissement que l’on ne retrouve pas forcément, et à regret, dans le fond.


La jeunesse d’ici et d’ailleurs, l’incommensurable envie de révolution, les aspirations manquées, ceux qui ne sont pas l’élite, Paris, les abords de Sciences Po, Damas, les Etats-Unis … Justine Bo s’empare de tous ces thèmes, de tous ces personnages et de tous ces lieux pour construire pièce par pièce son histoire. Une histoire qui se mêle d’ailleurs beaucoup avec celle de l’auteure, au point que l’on se surprend à croire souvent à une autobiographie, tout du moins une autofiction. Malgré cela, on voyage avec le personnage de ce récit, on va de continent en continent suivant les envies de la jeune fille narratrice-actrice. Mais de l’envie d’ailleurs au caprice d’une nantie, il n’y a qu’un pas qui semble être parfois franchi dans ce livre où l’on peine à suivre tous les mouvements proposés, et qui le sont même parfois sans réelle transition. C’est surprenant, et pas forcément plus mal.


Justine Bo multiplie les originalités d’écriture dans son roman, c’est indéniable. Les petits arrêts étymologiques, les latitudes et longitudes des endroits évoqués, les vagabondages à travers les continents, les ressassements du passé etc. Autant d’éléments qui ponctuent la lecture de façon agréable. Le parallèle est vite fait d’ailleurs avec Frederika Amalia Finkelstein, une auteure qui semblerait similaire à Justine Bo si ce n’est physiquement mais surtout dans ce rejet de l’aujourd’hui et cette envie d’ailleurs. Sauf que toute l’originalité de l’écriture de Justine Bo est exactement ce qui semble les séparer. Malgré tout, on regrettera l’aspect « Journal intime d’une pré-adulte » qui, lorsque les pages se tournent et que la fin approche lentement, peine à captiver et garder en haleine. Mais cette navigation entre autofiction et récit de voyages intérieurs/extérieurs convainc en grande partie et montre Justine Bo a, sans nul doute, de beaux jours et de belles pages devant elle.


Toute la chronique est à retrouver sur Lettres it be : https://www.lettres-it-be.fr/critiques-de-romans/auteurs-de-a-%C3%A0-e/si-nous-ne-br%C3%BBlons-pas-de-justine-bo/

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le 4 mars 2018

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