Eva et Nell, deux sœurs de dix-sept et dix-huit ans, habitent à l'écart en pleine forêt en Californie du Nord. Leurs parents sont décédés et le reste du monde semble avoir succombé à une panne générale entraînant la mort d'une grande partie de la population. Après le deuil, il va falloir vivre .. et survivre.
Il est difficile de savoir, en commençant sa lecture, à quoi s'attendre avec cette histoire. La quatrième de couverture laisse planer le doute. Est-on dans une dystopie, un drame familial, un thriller psychologique, un récit écologique ? Je dirais que c'est un peu de tout cela, ce qui place le bouquin dans une case bien à part. J'ai aimé lire sa première partie dans l'attente des retournements de situation que Jean Hegland sait distiller pour favoriser une forme de suspense tant il apparaît vraiment qu'elle ne veut pas nous dévoiler trop vite où elle souhaite finalement nous emmener. Et puis, soudain, on comprend, plus ou moins rapidement j'imagine selon les lecteurs, ce qu'elle a voulu faire avec ce magnifique roman intime et initiatique, ce complexe huis clos entre sœurs au milieu des grands espaces qui sonne terriblement juste. La forêt, avec ses beautés et ses dangers, sont décrites avec réalisme tandis que Nell, la narratrice, s'y fond progressivement au point de nous communiquer son lien organique, presque sacré, avec celle-ci.
Dans la forêt est un roman formidable, très bien écrit, beau et dur. Une réflexion sur notre société, notre manière de vivre et une ode au retour à l'essentiel, ou du moins au minimum. Il faudrait, dans nos sociétés, pas moins d'une catastrophe majeure pour nous faire revenir en arrière, pour espérer apercevoir la beauté du dénouement et la générosité des uniques bienfaits de la nature, telles qu'Eva et Nell finissent par la connaître.