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216 critiques
Citizen kaniche
Ceux qui me lisent régulièrement savent que je ne suis pas une grande fan de science-fiction, et bien j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Premièrement parce que c'ets un véritable travail...
le 4 sept. 2011
Lors de ma première lecture de "Demain les chiens" (je n'avais que 12 ans) ce qui me fascina immédiatement fut l'ampleur, je dirais même la largesse quasi lyrique, du souffle de la narration, qui était pourtant intrinsèquement liée au fil rouge de l'histoire d'une seule lignée, celle des Webster. Une histoire très intime et très locale, ancrée dans la Demeure Webster, qui se transmet de génération en génération au fil des siècles (des millénaires même); une histoire qui se transforme entre un passage et l'autre, avec les petites erreurs de retranscriptions qui se glissent au fil du temps, les informations qui se perdent, celles qui sont brodées par les générations plus jeunes pour rajouter du sel; une histoire dont au final, seul Jenkins, le robot, a une vision complète et fidèle, devenant ainsi le "deus ex machina" du récit.
Mais une histoire qui se déploie et s'entremêle à celle de l'Univers tout entier, toujours présent en toile de fond.
Simak nous emmène alors dans un voyage aux confins même de ce que l'imagination humaine est en capacité de visualiser, au delà des horizons habituels avec lesquels la science-fiction nous a familiarisés. Ce faisant, il déploie une variété de thèmes entrelacés entre eux, dans une richesse narrative complexe mais parfaitement lisible et qui offre aux lecteurs des éléments de réflexion qui peuvent, comme dans mon cas, perdurer des années durant.
Ces thèmes, pour certains, abordent des sujets encore incroyablement actuels, liés en premier lieu à l'écologie et à la capacité de l'Humain de vivre en harmonie avec la nature qui l'entoure. Ensuite, l'inéluctabilité de la nature violente et dangereuse de l'Homme, prédateur, guerrier. Puis, encore, la relativité absolue de notre existence (tant temporelle que spatiale), en rapport à celle de l'Univers tout entier mais aussi, plus modestement, à celles des autres espèces vivantes terrestres.
Enfin, l'incapacité de l'Humain a tirer une satisfaction existentielle de ce qu'il est, en quelque sorte la non acceptation de l'accomplissement de son destin original, au point de fuir son monde et sa nature humaine et aller recommencer une existence nouvelle, incarné dans une espèce extra-terrestre, sur une autre planète.
Ce concept de la disparition décadente et par "auto-dissolution" de l'Humanité avait plus que tout retenu mon attention de jeune adolescent.
On peut y voir, comme pour le verre à moitié plein ou à moitié vide, deux clés de lectures différentes.
L'une, nihiliste, désespérée, anthropocentrée, nous raconte d'une humanité qui, après avoir déployé dans le monde tout ce que son intellect pouvait déployer, s'ennuie d'elle même et de son existence jusqu'au point de "déserter" sa nature et, par une migration en masse des corps mais aussi des esprits, laisser derrière elle toute son histoire, sa culture, ses acquis pour s'installer au Paradis. Une conclusion (pour l'histoire de l'humanité, mais bien entendu par pour celle de Simak) hautement symbolique.
D'ailleurs, dès la moitié du livre, il ne reste que très peu de l'Humain sur terre, en dehors des récits mythologiques qu'en font les chiens et des quelques individus qui encore habite la planète mais réduit à une part négligeable du monde vivant, avant de finalement disparaitre complètement.
L'autre clé de lecture, relativiste, confiante, holistique, nous raconte la force de la Vie et de l'Esprit qui s'incarne toujours, partout dans l'Univers, sous de multiples formes, puis se transforme, se transmet et passe, tel un flambeau, d'une espèce à une autre, d'un monde à un autre, d'un temps à un autre, parfois plusieurs fois en même temps créant des embranchements infinis d'évolutions de l'existence. Cette histoire, biocentrée en opposition à la précédente anthropocentrée, n'appartient pas aux humains, mais les humains lui appartiennent. Ils en constituent une part non négligeable, y participent pleinement à leur échelle et, in fine, construisent au même titre que les chiens, les robots, les mutants, les galopeurs, les horlas ou les fourmis, cette histoire de partage d'un seul et unique destin universel imperscrutable que "City" entend nous raconter.
Largement en avance sur son temps, "Demain les chiens" anticipe une foule de 'topos' de la SF à venir. Difficile pour ma génération de ne pas imaginer, même involontairement, Jenkins sous les traits de C-3PO.
Les thèmes écologistes et pacifiste détonnes aussi par rapport à la SF des années '50, ainsi que le lyrisme, intimiste et introspectif, porté par certains personnages qui ne sont pas sans rappeler quelques récits de Philip K. Dick (je pense respectivement à "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" et à "Chaînes d'air, réseaux d'éther").
Raison pour laquelle nous lui pardonnerons aussi quelques dérapages dans la science-fiction plus traditionnelle avec ses clichés bien de l'époque, notamment le passage sur Jupiter.
Un livre de chevet incontournable donc, une magnifique allégorie aux allures philosophiques et existentielles, qui invite au voyage de l'esprit aux confins de l'Histoire Universelle, avec un recul et un champ large dont très peu d'autres ouvrages ont été capables.
Créée
le 23 juin 2023
Critique lue 15 fois
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