L’auteure : Sandrine Collette, romancière française, publie en 2013 son premier ouvrage, Des nœuds d’acier, pour lequel lui est attribué le Grand prix de la littérature policière. Six fourmis blanches est son troisième thriller.
Le livre : D’un côté, il y a Mathias, quarante ans. N’ayant ni femme ni enfant, il est « sacrificateur » dans les collines albanaises. Ainsi, il met à mort des chèvres pour éloigner le mal. Lou, vingt-cinq ans, et son compagnon, Elias, ont gagné un trekking en Albanie. Dans un groupe constitué de six personnes et encadrés par un guide expérimenté, ils vont découvrir la montagne comme ils ne l’avaient jamais vue jusqu’alors, arpentant des chemins habituellement réservés aux randonneurs chevronnés. Mais lorsqu’une tempête fait rage et que l’un d’entre eux trouve la mort, ils sont loin de s’imaginer l’enfer qui les attend…
Mon avis : Dès les premières pages, l’auteure nous emmène en Albanie, dans son folklore et ses croyances. En effet, le récit s’ouvre sur Mathias, cet homme qui tient le don de sacrificateur de son grand-père. On assiste très rapidement à l’un des rituels qu’il se doit de faire lors afin d’éloigner le mal. Puis nous faisons la connaissance de Lou, d’Elias, son compagnon, et des autres membres de ce groupe qu’ils ont surnommé « La montagne pour les nuls » : Arielle et son mari Lucas, ainsi que deux célibataires, Marc et Étienne, sans oublier Vigan, leur guide. Nous assistons à leur départ pour la montagne, à leur escalade de cette dernière, au froid auquel ils sont confrontés, à une situation qui se corse, pour finalement arriver à la catastrophe. À partir de là, le rythme devient haletant, puis l’auteure joue avec nos nerfs, offrant une tout autre perspective à ce qu’on a lu jusqu’alors. Malheureusement, il faut un certain temps pour parvenir à ce moment…
La narration est alternée entre deux personnages, qui s’expriment chacun leur tour chapitre après chapitre. Il s’agit de Lou et de Mathias. Ce dernier a toujours baigné dans cette culture albanaise, et son don de sacrificateur est pour lui naturel. Il se sert d’osselets pour connaître l’avenir et jette des chèvres du haut des montagnes pour éloigner le mal, et aurait ainsi sauvé une enfant par le passé. Mais lorsque Carter, l’aïeul de la famille la plus riche et la plus influente du coin, lui demande de former son petit-fils, Artur, au métier de sacrificateur, Mathias se doute que les choses vont mal tourner, car il pressent qu’Artur a quelque chose de démoniaque en lui. Lou, quant à elle, est une femme de son temps, qui aime profondément sa moitié et qui panique à l’idée de ne pas avoir de réseau lorsqu’elle gravira la montagne. Cette paysagiste de formation a un caractère totalement opposé à celui de son conjoint, qui est ostéopathe. Cette solitaire préfère ses arbres au contact humain. Elle s’amuse des légendes qui prétendent que la montagne est maudite, et n’était pas vraiment emballée par l’idée de ce trekking. Au fil de l’ouvrage, on va découvrir une femme finalement peu sûre d’elle, mais surtout effrayée par ce qui leur arrive. Le froid, la faim, le fait d’être bloqués dans cette montagne où ils ne voient pas à plus de deux mètres à cause du temps – ce qui annihile tout espoir d’être secouru pas des sauveteurs – vont forcer les protagonistes qui ne se connaissaient pas à se rassembler autour de leur guide et à s’aider mutuellement au fur et à mesure des épreuves – épreuves qui parviendront à les souder et qui leur feront prendre des risques inconsidérés les uns pour les autres.
J’ai regretté un manque de rythme dans la première moitié de ce roman. L’action met un certain temps à se mettre en place – il faut bien situer le décor et appréhender les personnages, me direz-vous –, mais j’aurais aimé que le mort annoncé arrive plus tôt dans l’histoire. Au fur et à mesure de notre lecture, l’angoisse monte crescendo, et grâce à cette narration en focalisation interne, Sandrine Collette réussit parfaitement à nous transmettre les sentiments que vont éprouver les différents protagonistes. L’atmosphère est pesante, car des petites phrases disséminées ici et là nous annoncent que le pire va arriver. Par ailleurs, les descriptions qu’elle nous propose sont telles que l’on se représente parfaitement le décor. Mais il faut attendre les deux tiers du roman pour atteindre le pic du suspens, et nous faisons alors une découverte fracassante. À partir de ce moment, impossible de lâcher le livre jusqu’à ce que l’on ait tourné la dernière page : de nombreux scénarios se mettent en place dans nos esprits, et le rythme devient effréné. Lou et ses comparses de voyages vont devoir prendre des décisions lourdes de conséquences, et faire des choix qu’aucun être humain ne devrait avoir à faire. Quant au final, il m’a totalement convaincue.
À recommander : À tous les amateurs de thrillers qui ont envie d’être dépaysés et de partir pour un trekking de l’angoisse dans la montagne albanaise. Attention cependant : l’auteure prend son temps pour mettre l’action en place.
Une citation : « Et dans mon demi-sommeil, je sais que nous allons vers elle, et que quelque chose nous attend. Quelque chose que nous aurions tout fait pour éviter, si nous avions su. Mais personne ne nous a prévenus. Personne n’aurait pu imaginer. Et nous sommes tous partie prenante de cette aventure qui va virer à l’enfer. Au réveil, j’aurai oublié ce rêve dérangeant, cette peur qui n’a pas de raison d’être. […] Et même si je l’avais trouvé, aurais-je pu nous sauver ? » (p.55)
Ma chronique : https://loasislivresaque.wordpress.com/2016/07/19/six-fourmis-blanches-sandrine-collette/