Les trois romans varient dans leur style et leur "ambition" mais valent le coup, surtout pour les fans des autres oeuvres de Moorcock.
On suit les traces d'un personnage qui est un héros légendaire "ressuscité" par des peuples en péril pour une aventure épique, mais avec à chaque fois des coups de théâtre quant à la nature de sa résurrection et la réalité de sa mission du moment.
Avec également la particularité que le personnage garde le souvenir précis de toutes ses incarnations et identités passées, y compris celle de John Daker, son existente d'homme normal dans un univers normal (le nôtre).
"Le Champion éternel" a un monde très bien défini, où l'humanité mène une guerre sans merci à une race rivale, des "elfes" cruels. Le point de vue va s'inverser au milieu du roman... Un récit assez linéaire où on voit assez rapidement où l'auteur va, surtout que le personnage commente abondamment tous ses états d'âme et son évolution personnelle."Les Guerriers d'argent" est un peu plus foutraque et se déroule dans un futur post-apocalyptique où la terre est gelée et les océans réduits à de vastes flaques de boue semi-gelée. S'il semble partir sur les mêmes rails que le roman précédent, il prend tout de même ,des voies assez différentes (les fameux "guerriers d'argent" sont assez rapidement quasi-oubliés) et finit sur de la mystique "arthurienne" assez étrange. Les fans de Moorcock repéreront quelques liens avec d'autres oeuvres comme celle des "Danseurs à la fin des temps"."Le Dragon de l'épée" est, quant à lui, clairement un chef d'oeuvre de Moorcock, et une pierre primordiale dans tout l'édifice de la saga du "Guerrier Eternel". Il se déroule dans une sorte de no-man's-land marécageux à la croisée de plusieurs mondes. Le héros incarné est assez particulier, puisqu'en fait le personnage "invoqué" est une sorte de héros chevaleresque parfait issu de récits de chevalerie récents ... et il s'avère que le véritable homme à l'origine de cette légende est peut-être encore vivant, et pas si héroïque que ça ! Je vous passe les détails, mais effectivement le narrateur sera régulièrement confronté à son "double"... Quand à l'univers et aux péripéties, ils convoquent énormément d'éléments issus de toutes les oeuvres précédentes de Moorcock. On retrouve une sorte de prince-démon désireux de se venger après la défaite de ses maîtres dans la 1e saga de Corum, le fameux Guerrier d'Or de de Jais omniprésent dans la saga d'Hawkmoon (et qui enlève enfin son masque ... dévoilant qu'il est en fait un personnage ultra-important du roman Stormbringer dans la saga d'Elric*), le compagnon du héros est un héritier de la lignée Von Bek, etc. Et surtout, toute cette richesse d'univers est bien équlibrée avec un développement remarquable des personnages secondaires, qu'il s'agisse des compagnons du héros, de personnages récurrents à tous niveaux de la société (un charmant trio d'étudiants dans une cité mouvante, les dirigeants du peuple-ours, etc.) et un récit enlevé aux rebondissements explosifs et amusants (ah la rencontre rocambolesque avec les chefs nazis !). Avec une très belle conclusion douce-amère de retour à la vie de John Daker (l'incarnation "humaine" du héros). A mon avis sans doute l'un de mes romans favoris de l'auteur ; difficile de faire un classement global, mais je le mets clairement au niveau de la 2e trilogie de Corum, de Gloriana, des meilleurs moments de la saga d'Elric (Stormbringer notamment). Grandiose !
Je recommande cette trilogie en tout cas. Après le premier roman un peu bavard mais très beau, un second roman un peu répétitif et moins inspiré, le troisième roman est purement génial et globalement c'est une oeuvre majeure de la littérature fantastique et une collection de "clefs" pour lier la plupart des oeuvres de Moorcock.
* Hé ouais, le Guerrier d'Or et de Jais est en fait Sepiriz, le chef des guerriers de Nirhain qui aide Elric dans Stormbringer. Spoiler modéré, puisque c'est a priori ce personnage (et pas Erekosë) qui orne la couverture de l'ouvrage (aux éditions Presse Pocket) ; un personnage noir dans une armure médiévale dorée, c'est pas banal....