Hwang Dong-Maaaannn, Hwang Dong Maaaannnn, hurle chaque matin Hwang Dong-man au loin. Un hurlement comme un cri de guerre contre l’oubli et le désespoir, ou simplement pour se souvenir d’exister.
Lui, Hwang Dong-man est réalisateur mais n’a réalisé aucun film ; son espoir le fait vivre.
Elle, Eun-ah, surnommée « la Hache », est productrice de films et souffre en silence d’avoir été abandonnée par sa mère à l’âge de huit ans. Elle dira à sa psy qu’elle préfère continuer à souffrir, qu'elle n’offrira pas de pardon à sa mère : « ce serait la rendre toute blanche. »
Leurs points communs ? Ils n’ont pas de filtre, ils disent ce qu’ils pensent et font ce qu’ils veulent. Ils n’ont pas peur d’avoir peur, ni du jugement d’ailleurs. Conscients de leur talent et malgré leurs doutes, dans une lutte perpétuelle, ils s’accrochent à leur rêve tel Sisyphe à son rocher.
Le personnage le plus éclairant est probablement le frère de Hwang Dong-man. Poète et soudeur, il préfère la soudure à l’écriture de la poésie, parce que le travail d’accomplissement est immédiat, parce que dans la soudure il n’y a pas matière à penser. Il ne regarde pas de films, il n’aime pas les histoires. Il dira : « Toutes les histoires sont des cris d’existence. »
Et puis il y a le club « The Eight », huit réalisateurs qui se sont rencontrés durant leurs études de cinéma. Vingt ans plus tard, à l’exception de Hwang Dong-man, tous ont plus ou moins réussi dans ce milieu, et beaucoup considèrent désormais Hwang Dong-man comme un pique-assiette et un bouffon égaré. Un groupe qui n’est pas sans rappeler celui de Yellow Door, un club coréen de cinéphiles fondé en 1990 et dont le membre le plus connu n’est autre que Bong Joon-ho (Parasite, Mother, …).
Derrière cette œuvre, on retrouve l’écriture sensible et intelligente de la scénariste Park Hae-young (My Liberation Notes, My Mister…), qui de sa plume cathartique scanne les névroses modernes et analyse le comportement humain face à la jalousie et au sentiment d’inutilité. Un scénario brillamment porté à l’écran par le réalisateur Cha Young-hoon, avec une patte poétique bien coréenne.
Philosophique, psychologique et poétique, avec des rires aussi, De Notre Mieux sort indubitablement du cadre du « drama » pour entrer dans celui de « série coréenne » dont la Corée peut s’enorgueillir. Une œuvre qui nous interpelle et nous donne envie de replonger dans Nietzsche : « Deviens celui que tu es, » sans pour autant négliger notre humour.