The Testaments
7.5
The Testaments

Série Disney+, Hulu (2026)

Ce qui frappe immédiatement dans The Testaments, c’est que la série ne cherche pas simplement à refaire The Handmaid's Tale. Bruce Miller comprend très bien que revenir encore une fois à la même mécanique de souffrance, de torture psychologique et de résistance frontale aurait fini par tourner en rond. Du coup, il change complètement l’angle : au lieu de raconter Gilead depuis l’enfer des adultes, il la montre à travers les yeux d’une génération qui est née dedans. Et c’est précisément là que la série devient passionnante.


Là où beaucoup de critiques parlent d’une série « plus glamour », presque trop propre ou trop esthétique, je pense au contraire que ce choix est intelligent. Gilead ne peut pas survivre uniquement par la terreur. Elle doit aussi séduire. Les décors raffinés, les uniformes impeccables, les écoles pour jeunes filles, les cérémonies parfaitement orchestrées : tout cela montre comment une dictature devient acceptable lorsqu’elle réussit à transformer l’oppression en idéal moral et esthétique. Cette beauté glaciale rend la série encore plus inquiétante.


Et surtout, contrairement à ce qu’on lit parfois, je n’ai pas trouvé la saison ennuyeuse une seule seconde. Oui, le rythme est plus lent qu’une série de pur suspense classique, mais la tension est permanente. Dans chaque dialogue, chaque regard, chaque silence, on sent que tout peut basculer. La série construit une angoisse diffuse plutôt qu’un suspense artificiel. C’est une différence énorme. On n’est pas dans une série qui multiplie les explosions scénaristiques ; on est dans une série qui montre comment le contrôle mental, religieux et social s’infiltre partout.


Les personnages des jeunes filles fonctionnent extrêmement bien parce qu’elles ne sont pas des héroïnes « modernes » plaquées artificiellement dans Gilead. Elles ont grandi dans ce système. Elles y croient parfois sincèrement. Et c’est justement ce conflit intérieur qui rend leur évolution captivante. On voit peu à peu apparaître les fissures : les doutes, les contradictions, la peur, le désir de liberté. Cette lente transformation est beaucoup plus crédible que si elles devenaient immédiatement des rebelles parfaites.


Le retour de Tante Lydia est également essentiel. Ann Dowd reste absolument fascinante. Elle réussit encore à rendre le personnage ambigu : monstrueux par certains aspects, mais jamais totalement réduit à une caricature. Dans cette série, Lydia semble presque observer l’effondrement moral de Gilead de l’intérieur, comme quelqu’un qui commence à comprendre que la machine qu’elle a aidé à construire finit aussi par dévorer ses propres croyants.


Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que la série retrouve quelque chose du roman de Margaret Atwood : cette idée que les régimes autoritaires ne tombent pas seulement grâce à des grandes révolutions héroïques, mais aussi grâce à des petites fissures humaines, des alliances discrètes, des consciences qui se réveillent lentement.


Visuellement, la série est magnifique. La photographie est plus lumineuse que dans The Handmaid’s Tale, mais cette lumière n’apporte jamais de réconfort. Au contraire, elle donne souvent l’impression d’un monde artificiellement purifié, presque clinique, ce qui renforce encore le malaise.


Au fond, The Testaments réussit quelque chose de difficile : prolonger un univers déjà culte sans donner l’impression d’une simple suite commerciale. La série trouve sa propre identité. Plus adolescente, plus initiatique, parfois presque plus mélancolique, mais toujours profondément politique.


Et honnêtement, si on est resté captivé pendant dix épisodes malgré un rythme volontairement lent, c’est probablement la preuve que la série fonctionne très bien. Une série réellement ennuyeuse ne crée pas cette tension continue ni cette envie de rester dans cet univers même lorsqu’il est oppressant.

YVAN-MOALLIC
10
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le 28 mai 2026

Critique lue 105 fois

YVAN MOALLIC

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6

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