Mi-novembre 2003 au House of Live, café concert parisien. Il y a des micros dans la salle. Jérôme Attal, déjà connu pour le journal intime qu’il met régulièrement en ligne sur internet depuis 1998 (et au travers duquel on peut suivre presque jour après jour son itinéraire émotionnel et artistique, y compris ce projet musical) est sur scène, entouré de son batteur (Cyrille Fournel), de son bassiste (Mathieu Zazzo) et de son clavier (Frédéric Rouet), son groupe d’accompagnateurs-compositeurs, qu’il a constitué pour enmusiquer ses textes.
« Bonsoir mes amours », quelques maigres applaudissements (certes c’est du live, mais c’est pas les Beatles au Shea Stadium, quand même !) et puis un riff basse-percu…souvenirs d’enfance, d’adolescence, premiers émois avec Mélanie, Mélanie Rabotteau, premières souffrances…La pornographie : la vie d’adulte, c’est dégueulasse.
Son parlé-chanté (on a l’impression que de mauvais retours l’empêchent de pouvoir poser sa voix exactement comme il faudrait) mâtiné d’une ambiance légérement sulfureuse de pop-claviers-samples-gémissements féminins m’évoquent les concerts de Gainsbourg au Casino de Paris (auxquels j’eus la chance de pouvoir m’incruster quatre ou cinq fois à l’époque), mais aussi le disque que commit Houellebecq avec Burgalat.
Jérôme Attal , à la recherche permanente de l’amour perdu, celui qui fait mal, qui n’aboutit pas, qui reste à jamais à l’état de regard au coin d’une rue, de genoux qui se touchent dans une voiture, de sourire à la dérobée qu’on imagine entendu et qui s’avère anodin, de sensualité refoulée, de filles multiprises et d’apocalypses sentimentales programmées.
On pense aux Passantes de Brassens (sur un poème de Antoine Pol), qui dit si bien cet état de passion furtive et sans cesse renouvelée qui obsède les garçons romantiques depuis la nuit des temps.
Les chansons de Jérôme Attal tournent elles aussi autour des regrets de n’avoir pas osé quand il fallait, du dégoût de voir les autres agir et les filles tomber dans leurs bras virils et ordinaires. Les filles n’aiment pas les poètes, c’est connu. Ou du moins, elles les aiment pour se confier, pour se montrer avec, éventuellement leur faire la cuisine. Du lapin par exemple. Avant de leur en poser.
Pour le reste… « les filles sont des marrantes qui font beaucoup pleurer ». Et le poète pleure sans gémir, souffre sans gueuler : l’humour et le détachement, la dérision et les aphorismes sont là pour sucrer un peu l’amère potion.
Et c’est si fort, si profond, servi dans un écrin d’une telle élégance littéraire, emballé dans un accompagnement musical d’une telle classe, cette pop belle et sombre comme les rues du Paris la nuit (« plein de m’as tu vus qui ne se sont pas regardés ») où l’artiste déambule, que je trouverais vraiment dommage que vous, gens de goût, puissiez passer à côté sans le voir du coeur et des oreilles.