Le Punk tire ses dernières cartouches et ne va pas tarder à se filer la toute dernière en pleine caboche, tout seul comme un grand.
Une ère glacière allait tomber sur la perfide Albion comme un nuage de lait froid sur le thé bouillant de seize heures.
Joy Division, The Cure ou Magazine décident de faire chuter la température du Rock en balançant leur Cold Wave dépressive sur les ondes, jetant un seau d'eau glacé sur les dernières braises du feu Punk.
L'Europe du Rock est prise dans la glace. C'est la grande dépression musicale.
Attablés dans un bar miteux de Birmingham, Kevin Rowland et Kevin "Al" Archer ne comptent pourtant pas se laisser bouffer la vie par la vague de froid qui tombe sur l'Angleterre.
Les deux amis balancent les synthés anxiogènes et la rythmique binaire glaçante aux orties, ressortent les cuivres rutilants de derrière les fagots et montent les Dexys Midnight Runners.
Un nom de groupe barré en hommage à la sautillante Dexedrine (mélange d'amphèt') que les milieux de la Northern Soul s'arrachaient à l'époque.
La Northern Soul ! Parlons-en justement.
Cela faisait quelques années que la jeunesse de ces tristes villes du nord de l'Angleterre, ces villes moisies par la pluie et rongées par le chômage se donnaient rencard le samedi soir dans de vieilles salles de bal des années 20 ou dans des arrière-salles miteuses de pubs enfumés pour oublier leur misère.
La jeunesse Rosbeef venait se trémousser aux sons des vieux standards Motown un peu oubliés et mettre un peu de ciel bleu sur leur paysage dévasté.
C'est donc dans cette grande vague Northern Soul (Plus ou moins active de la fin des années 60 jusqu'au début des années 80) que les Dexys Midnight Runners vont faire leur trou et pondre ce lumineux premier album.
C'est une bande de gamins blancs comme des culs et sapés comme le De Niro de Mean Streets qui vont remettre un peu de vie sur les ondes Anglaises de cette fin de seventies.
Une fanfare Soul traînant une section cuivre experte et survitaminée qui va durant quarante minutes souffler une Pop éclatante teintée de Soul profonde et noire comme l'ébène.
La voix étranglée et maniérée d'ado attardé de Rowland ramène les auditeurs, qui se seraient laissés porter par les cuivres flamboyants et la rythmique aérienne jusqu'au pays de l'Oncle Sam, sur le sol boueux et sous le ciel cradingue du Nord de l'Angleterre.
Non, ce n'est pas les States Messieurs-Dames ! C'est Birmingham !
Les DMR ont frappé un grand coup avec Searching for the Young Soul Rebels. Un premier album racé, virtuose et intelligent.
De la Soul blanche décomplexée et enjouée sur Tell Me When My Light Turns Green.
Un instru' splendide où des cuivres désenchantés viennent tremper leur spleen tout Londonien dans un "Free" Jazz plein de fog avec The Teams That Meet in Caffs.
En passant par une reprise de Seven Days Too Long de Chuck Wood dans une version Power Pop nerveuse, et bien d'autres bijoux dans cet album audacieux et original.
La carrière des DMR prend son envol de la plus belle des manières.
Mais la suite verra de multiples désaccords au sein du groupe entre le tyrannique Rowland et les autres membres de la formation détériorer les relations fragiles du Big Band.
Le deuxième album aux accents Celtique et son tube interplanétaire Come On Eileen sera leur heure de gloire et le commencement de la fin pour le groupe.
L'heure était passée.
Mais si vous cherchez les jeunes âmes rebelles, les vrais, c'est dans ce premier album que vous les trouverez.
Pas Ailleurs.