1996, une année charnière pour Jacques Higelin, qu’il consacre à un tour du
monde en solitaire. Comme souvent après une telle période de resourcement et de
mise au point, il publie fin 1998 un album admirable : Paradis Païen (on se
souvient de sa précédente reprise de souffle entre Aï et Tombé Du Ciel). Pour
cet opus, un changement notoire : sa maison de disques, et un retour : celui
d’Areski, à la réalisation. Il lui empreinte également une composition écrite
avec Brigitte Fontaine : "Rififi". L’ensemble est musicalement très riche,
travaillé autour d’une multitude d’instruments (du monde) et de sons à tendance
électro, avec une voix très précise. La première moitié est plutôt classique
mais variée : du violon tsigane sur "Chambre Sous Les Toits", des percussions
exotiques (Mahut participe également en plus d’Areski) sur "Une Tranche De Vie"
et "Broyer Du Noir", un mélange d’arrangements électroniques et acoustiques pour
"La Vie Est Folle", et tout le bagout du titi parisien dans "L’Accordéon
Désaccordé". La suite est plus aventureuse, avec des résultats inégaux. Les
chansons les plus abouties sont "Luxe, Calme Et Volupté", rythmée au pas
(littéralement) avec une diction qui n’a rien à envier à Gainsbourg, et "Paradis
Païen", une odyssée superbe où les voix s’entremêlent. Au niveau des textes,
Higelin touche à l’universel avec des histoires simples mais fortes autour de
ses thèmes de prédilection : l’origine, la vie (y compris la mort, toutefois
bien moins abordée que dans l’album précédent), l’amour physique ou spirituel.
Une bonne cuvée donc, qui se bonifie écoute après écoute.