Après plus de vingt années passées à couvrir nos oreilles d'or, Opeth réitère en offrant au monde du metal un douzième album qui, à l'instar des derniers opus, divisera les amateurs du genre.
Difficile de ne pas diviser lorsque aucun des albums ne se ressemblent. Åkerfeldt et sa bande ont prit l'habitude de changer de cap à chaque album depuis Heritage, certes. Mais ce serait oublier les plus vieux albums qui eux aussi étaient différents dans leurs brutalités et leurs subtilités.
Dès Morningrise, le groupe s'aventurait sur des terrains plus doux avec le très beau To Bid You Farewell. Quelques années plus tard le superbe Damnation venait enrichir la discographie d'un album qui semblait annoncer déjà un virage vers résolument plus rock que metal. Watershed semblait tout désigné pour créer le pont entre l'apogée de la brutalité Ghost Reveries et le très progressif Heritage
Sorceress ne ressemble à aucun album d'Opeth mais ne trahit personne. Il est la suite à la fois logique et contradictoire de cette discographie.
Une fois de plus, Åkerfeldt semble faire de l’œil au rock progressif des 70's, mais pas seulement.
Les nombreuses influences donnent à Sorceress ses saveurs sucrées-salées que l'on appréciera ou pas selon ses goûts.
Le très exotique Strange Brew, avec ses sonorités orientales, côtoie la très classique ballade Will O The Wisp qu'aurait pu composer Deep Purple.
Les claviers de Joakim Svalberg tout droit sortis d'un album de Camel ou de Genesis valsent avec la lourde basse en drop D de Martin Mendez qui penche vers le stoner. (Sorceress, la title track).
Le très lourd et imposant (The Wilde Flowers) se mêle au dynamique et à l'entêtant (Chrysalis, Era)
Et que dire de Spring MCMLXXIV que l'on dirait né d'une romance entre groupe de musique country et de rock des 80's? Ou encore de The Ward qui aurait bien trouvé sa place sur Heritage?
Le tout est comme enlacé par Persephone, reine des enfers qui prend ici un aspect musical qui rappellerait plutôt sa situation de jeune fille. Les deux extrêmes de l'album, très doux, semblent rappeler que la simplicité n'est pas moins efficace lorsque elle est maîtrisée. Peu de doux mots glissés à nos oreilles sur quelques notes de guitare ou de piano pour que l'on soit heureux d'avoir lancé cet album et tout autant heureux de le quitter.
Comme la plupart des albums d'Opeth, Sorceress doit se laisser écouter à plusieurs reprises pour que l'auditeur en saisisse toutes les subtilités qui font de cet album un travail maîtrisé de bout en bout.
En somme, Sorceress ravira plus les amateurs de musiques éclectiques au penchant metal/prog plutôt que les fans de la première heures qui attendent désespérément un retour au death metal, source des premiers albums. Cependant, si comme moi vous êtes un fan d'Opeth pour son inventivité plutôt que pour ses growls, faites la cour à Sorceress et elle saura vous le rendre.
edit : correction de quelques fautes.