Vous êtes dans la forêt. Une forêt sombre, oppressante, dont la haute canopée ne laisse filtrer que peu de lumière. Les troncs se succèdent tandis que vous marchez, avec peu de repères, tant tout se ressemble. Après plusieurs jours, un rai de lumière se dessine au loin. Las de cette traversée, vous vous y dirigez.Vous êtes dans la forêt. Une forêt sombre, oppressante, dont la haute canopée ne laisse filtrer que peu de lumière. Les troncs se succèdent tandis que vous marchez, avec peu de repères, tant tout se ressemble. Après plusieurs jours, un rai de lumière se dessine au loin. Las de cette traversée, vous vous y dirigez.
Une fois le dernier arbre passé, vous êtes -enfin !- devant des prairies à perte de vue. Quel plaisir de sentir enfin le soleil sur la peau… Tout revigoré, vous reprenez d’un bon pas votre marche. La lumière et l’insouciance faisant leur œuvre, vous surveillez peu vos pas. Premier piège : une petite zone humide dans laquelle vous vous enfoncez jusqu’aux genoux… Puis un bruit au loin : un prédateur qui vous a repéré au-dessus de l’herbe. Il faut courir. La nuit tombe ensuite : qu’est-ce qu’il peut faire froid… Vous en viendriez presque à regretter cette forêt, certes monotone, mais au moins on savait sur quoi on allait tomber. Les prairies peuvent être bien vicelardes en fait…
Bref, vous avez compris la métaphore naturaliste bien capillotractée, la forêt représentant les 3 premiers skeuds de Slayer, et la prairie le petit nouveau sorti en juillet 1988. Là est le tour de force de Slayer, réussir à changer tout en conservant un ton résolument sauvage, tel votre périple.
Car oui, Reign étant plutôt dans la continuité de ses deux prédécesseurs, il fallait bien essayer de renouveler la recette. Cela se situe au niveau de la production déjà, qui ouvre le champ auditif, en séparant plus les guitares et en mettant en avant la batterie. Deux conséquences à cela.
Premièrement : cela pousse Lombardo à être diablement inventif. Il placera sur cet album des breaks de très haute volée (Live Undead, Ghost Of War), de la double pédale à se damner (Silent Scream)… L’album semble tourner autour de lui, là où Reign était plus un album de guitares. Ce qui n’est pas anodin pour un groupe chez qui on a tendance à tout mettre dans le même panier "gros son - violence"
Deuxièmement : les guitares qui vont devoir assurer pour ne pas se laisser bouffer par la batterie. Il faut donc jouer sur les ambiances (South Of Heaven, Mandatory Suicide) qui représentent justement les pièges de la prairie (incroyable, tous les éléments de la métaphore se mettent en place !). Vous pensiez vous balader en milieu serein ? Clac, les riffs vous happent et ne vous laissent plus de répit.
Et la jolie transition que voilà! Vers le chant d’Araya, qui vient ajouter le côté malsain, sinistre qui caractérise si bien cet album (anticipant presque le ...And Justice de vous-savez-qui, sorti 2 mois plus tard). Cette association guitares/chant donne une vraie identité à l’album, une valeur ajoutée.
La clé de compréhension de l’album est là. Slayer sort du carcan qu’on lui connaissait, provoque une rupture dans sa musique, mais en conservant par touche les éléments qui fondent son identité. Bref, le groupe opère un virage, parfaitement maîtrisé, et montre une maturité surprenante mais ô combien délectable. Si ça ce n’est pas la marque des grands albums, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Un incontournable de leur carrière.