Quand on écoute cet album, on se rend compte du fossé qu’il y a entre ce Placebo là, et ce qu’ils font maintenant. Un son très propre, nettoyé de toute impureté, en même temps des riffs sales, des mélodies brutes, une distorsion omniprésente, des textes à l’ambiguïté revendiquée, une identité sexuelle trouble, entre deux eaux, comme les chansons minimalistes, une efficacité d’enfer. Honnêtement, je trouve surprenant que ça marche, une telle crudité mêlé à ce son si sophistiqué, glacé, très lisse. Brick Shithouse sonne comme Scared Of Girls, comme beaucoup de morceaux de l’album, comme des hymnes ravageurs, comme pour dire : «On vous emmerde ! Et on n’a peur de rien» La construction c’est simple: Une ballade, ensuite une baffe dans ta gueule, une autre ballade, puis une autre baffe…avec une régularité de métronome. Ça peut surprendre, quand on n’est pas habitué. Le son presque acoustique du très beau You Don’t Care About Us me rappelle The Cure, en plus dansant. Every You, Every Me est le tube que personne n’a oublié, et tout le monde parle de l’énergie, (énorme), et de l’émotion, (mais ça c’est induit par le timbre nasillard du chanteur), justement, j’ai toujours pensé qu’il avait une belle voix ce gars. Il me donne l’impression de Claude François qui s’est égaré dans l’hyper espace et qui est revenu pour nous le dire. Sans lui au chant, ça devient un groupe de Brit pop enragé normal. Par contre je ne suis pas super fan de Witout You I’m Nothing, acclamé par tous, je ne trouve pas la mélodie très brillante, même si les riffs enjolivés, la dentelle, ce n’est pas vraiment leur marque de fabrique. Non. Un power rock pur et dur. Une rythmique basse-batterie d’enfer. Le reste suivra. Mélodiquement ça n’est pas immense, mais assumé, et l’implication est totale, et qu’est-ce que ça sonne bien. Et je dirais même que c'est pour ça que ça marche. On obtient un album homogène avec une grande force de démolition; le but est atteint. Pour le visuel une touche de glam à l’anglaise, et on croit que c’est finit…et bien non. Le dernier morceau, caché, éclate après un long silence et te fracasse la tête en deux, trois, quatre. Complexe, original, ses sons électroniques déformés, et cette voix féminine ? Ce répondeur, et quoi d’autre ? Dérangeant, mais on ne sait pas pourquoi. C’est quoi ça ? Ce son ENORME ! Je crois que le batteur a du détruire sa batterie en mille morceaux tellement il frappe fort. Et quand on comprend le vrai sens, on comprend pourquoi la chanson est cachée. Merde ! Peut-être le meilleur de l’album, déstabilisant, violent et lugubre!