Le synopsis m’intriguait, malgré une couverture fonctionnant plutôt comme un repoussoir. Mais le fait qu’il s’agisse d’une série destinée à un public féminin me rassurait quant au traitement du sujet, qui pourrait aisément devenir graveleux entre de mauvaises mains. Il ne m’en fallait guère plus pour commander le premier tome. Verdict ?


Honnêtement, je suis rarement sorti aussi décontenancé à la lecture d’un manga. Dans un sens, ce premier tome a attisé ma curiosité, et aborde certaines de ses thématiques de manière intéressante. Mention spéciale à une fin inattendue, qui me fait me demander ce que la mangaka va pouvoir raconter par la suite. Nous saluerons aussi les deux personnages principaux, qui assument pleinement leur relation.


Néanmoins, je ne lirai pas la suite, car je ne doute pas un seul instant d’en sortir déçu, trouvant ma propre curiosité très mal placée. L’autrice présente son histoire comme un BL dont un des personnages deviendrait une femme, ce qui signifie que c’est vraiment le changement de sexe (involontaire) d’un des protagonistes qui va leur permettre de se réveiller à leurs sentiments, dans une relation parfaitement hétérosexuelle. Miyoshi a beau expliquer qu’il aimerait Mamiya qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, la question ne se posera jamais de manière concrète, et il n’aura donc jamais à assumer ses propos ou à apporter la preuve de ce sentiment. Cela aurait pu fonctionner si l’histoire avait été traitée avec plus de subtilité, s’il y avait des éléments suggérant qu’ils avaient des sentiments autres que purement amicaux que cette situation hors-norme auraient révélés, mais ce n’est pas le cas. Là, c’est juste l’histoire d’un mec dont le meilleur pote devient une fille sexy, certes un peu garçonne mais qui se féminise au fil des pages.


Les problèmes ne s’arrêtent pas là, entre une fille sexy très entreprenante envers son puceau de meilleur ami (la couverture du premier tome annonce la couleur), et ce-dernier qui doit lui rappeler régulièrement qu’elle est fille, qu’elle n’a plus autant de force qu’avant, et qu’elle doit par conséquent faire attention à son comportement lorsqu’elle se trouve en présence d’hommes (ce qui passe par lui interdire de demander à d’autres hommes de lui passer de la crème solaire dans le dos). Nous avons donc une série qui responsabilise le personnage féminin pour les problèmes qu’elle pourrait rencontrer avec des hommes dont le comportement n’est lui jamais remis en question.
Ce qui est sans doute réaliste, mais n’en demeure pas moins puant.


Et c’est vraiment cette accumulation – entre les poses de Mamiya, le côté mâle protecteur de Miyoshi, et leur relation très hétéronormée – qui fait de Switch Love une lecture compliquée que je ne peux décemment pas recommander. Il pose trop de problèmes, et l’autrice présente à travers son histoire une vision du monde à laquelle je ne peux pas souscrire. A moins qu’elle n’arrive tout simplement pas à justifier la relation entre les deux protagonistes de manière autre que « moi Tarzan, toi Jane », ce qui dans ce cas pose surtout des questions sur ses talents de narratrice.
Quelle qu’en soit la raison, je ne peux pas cautionner ce que j’ai lu, je ne peux pas ne pas voir ce qui me dérange dans cette série.


Switch Love n’est même pas mauvais en soi. Il m’est arrivé de lire des manga moins passionnants, moins bien écrits, moins bien dessinés… et avec un sous-texte largement plus positif.
Malheureusement, des œuvres comme celles-ci participent à véhiculer une image archaïque du genre, des relations homme/femme, et de la sexualité. Une œuvre qui, en l’occurrence, est publiée dans une collection shôjo, donc pensée par son éditeur français comme destinée à un public de jeunes filles et d’adolescentes. Et c’est probablement là le principal problème.

Ninesisters
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le 16 mai 2019

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