En un jeu cruel, tome zéro des Chroniques de la Lune Noire, c’est un peu comme découvrir les origines d’un méchant dans un soap opera fantasy. On y plonge avec curiosité, en se demandant si les ténèbres vont vraiment se dévoiler… ou juste nous jeter de la poudre dramatique dans les yeux.
Le scénario de François Marcela-Froideval s’attelle à poser les bases, mais à force de jongler entre manigances politiques, querelles familiales et ambitions démesurées, ça ressemble parfois à une partie de Donjons & Dragons où tout le monde aurait décidé de jouer un perso chaotique-neutre avec une tendance à déclamer des monologues. L’histoire n’est pas mauvaise, mais elle prend son temps pour décoller, un peu comme un dragon de fantasy qui aurait une aile engourdie.
Côté dessin, Fabrice Angleraud livre des planches qui oscillent entre l’épique et le kitsch. Les armures brillent, les capes flottent, et les personnages arborent des expressions qui disent clairement : "Je suis important, regarde-moi souffrir avec style." Les décors sont soignés et respirent l’atmosphère sombre et gothique propre à la saga, mais le tout manque parfois de fluidité. Certains visages semblent figés dans une grimace théâtrale, et on se demande si les héros de la Lune Noire n’auraient pas abusé du botox médiéval.
Le récit plonge dans les machinations, les alliances brisées, et les tragédies personnelles avec un sérieux qui frôle parfois l’auto-parodie. On aime ou on déteste, mais une chose est sûre : les intrigues de cour et les trahisons s’enchaînent à un rythme qui ferait rougir Game of Thrones. Pourtant, malgré toute cette intensité, l’émotion reste en surface. On observe les drames, mais ils peinent à vraiment nous toucher.
En conclusion, En un jeu cruel est une plongée correcte dans l’univers des Chroniques de la Lune Noire. C’est sombre, dramatique, et un peu trop sérieux pour son propre bien, mais ça reste une porte d’entrée intrigante pour les amateurs de fantasy théâtrale. Si vous aimez les méchants qui souffrent avec panache et les intrigues qui brillent d’un éclat gothique, ce tome zéro vaut le détour.