Pour le coup, ce manga tranche assez avec ce qu'on a l'habitude de lire dans le genre, notamment parce qu'il est dessiné par un vieux de la vieille, Tetsuya Chiba auteur du cultissime Ashita No Joe qui a 80 ans a repris les crayons, un peu poussé par une pression éditoriale qu'il raconte de façon comique au début du volume (où il sous-entend qu'il n'a accepté que parce que son éditrice était une jeune fille.)
Du coup, on comprend que celui qui se décrit comme un tire-au-flanc (en vérité il a un décollage de la rétine) ai décidé de se faire plaisir : récits en 4 pages, avec des grandes cases, des dessins très rondouillards et coloration à l'aquarelle. Ce qui fait qu'on est plus sur du format qui rappelle la bd franco-belge et ça tombe bien, les auteurs de bds français aiment bien se mettre en scène comme le fait Chiba.
Si les 4 pages hebdomadaires sont censés être consacrés à sa vie, notamment son enfance ultra-difficile dans l'après seconde guerre mondiale, Chiba consacre cette rubrique a raconter aussi son quotidien actuel, les cours qu'il donne, les affres de la vieillesse et son rapport aux autres mangakas de sa génération. C'est cela la "vie tranquille" dont-il parle : celle dont il profite dorénavant. Non, parce que ça pourrait paraitre bizarre avec la couverture qui évoque un enfant souffrant de la guerre et des réfugiés.
Quelque soit les thèmes racontés, c'est du tout bon : la partie enfance peut rappeler les récits de seconde guerre mondiale (Dans un Recoin de ce monde, Gen d'Hiroshima ou le tombeau des lucioles) mais raconte un pan de l'histoire japonaise auquel je n'avais pas lu de récit : celui des japonais qui occupaient la Mandchourie durant la guerre.
Et pour le coup, c'est assez étonnant parce que si la partie "seconde guerre Mondiale" se déroule relativement bien, c'est après la capitulation du japon, avec la fuite des japonais tentant de regagner leur pays que ça tombe super vite poignant. Ici Chiba évoque par petite touches une errance d'un an sur les routes chinoises avec ses parents et ses frères, et tout le climat anxiogène qui a suivi.
Et entre les paragraphes, il y a la vie quotidienne de Chiba, assez marrante à suivre. Ce qui m'intéresse le plus reste la partie où il forme une équipe de golfe avec d'autres mangakas ultra célèbre : (on trouve des noms comme Leiji Matsumoto, Go Nagai ou Takao Saito) Chiba les croque dans leurs parties de golf et leurs discussions de restaurant autour du monde de l'édition japonaise et du travail de mangaka passé 70 ans.
Alors oui, ça fait deux salles deux ambiances dit comme ça, mais à vrai dire à lire ça trouve une certaine cohérence. Je suis assez enthousiasme et j'attends le tome 2 !