On peut tout faire avec le dessin, outre passer les limites physiques d'un film, l'immobilisme d'une sculpture ou d'une peinture tout en permettant au lecteur de se représenter bien plus vivement un univers qu'un livre. Bien sûr, je digresse, toutes les œuvres d'arts se valent, mais je pense qu'on peut quand même dire que L'ère des Cristaux à au moins compris l'avantage de son médium, la liberté.
Les hommes sont devenus cristaux, les villes sont devenues champs et montagnes, voilà l'univers que nous propose de découvrir Haruko Ichikawa. Un monde où ces dits cristaux sont en combat constant contre les Sélèniens, désireux de s'emparer des corps de nos chers protagonistes. L'univers nous invite durement et abruptement, voilé par cet aura mystérieuse et indéchiffrable, où le temps ne veux plus rien dire mais où les jours passe tout aussi lentement. Certains cristaux sont seuls, déconsidérés et las de leur vie si longue et pourtant si vide. Dès les premiers chapitres, on sent toute cette solitude poignante et toute cette tristesse. On le voit dans le dessin comme dans les dialogues, puis au fur et à mesure que l'histoire se passe, rien ne va en s'améliorant. L'ère des Cristaux est une œuvre particulièrement cruelle, que ce soit dans ses idées scénaristiques, dans ce qu'elle fait vivre à ses personnages où même dans l'idée même de ces cristaux organiques, si fragile et qui, à la moindre erreur, risque la capture vers la lune.
Alors on suit ces cristaux dans les développements scénaristiques, dans leurs petites histoires, dans leurs pensées, leurs buts, leurs regrets ou leur tristesse. Artistiquement, Ichikawa est impressionante, tout est magnifique, les paysages de "L’École" nous donnent un profond sentiment d'immensité et de solitude, ce jeu de clair-obscur est impressionnant, ces combats, magnifiquement chorégraphiées et représentés, ces planches déchirantes aux moments importants, mais surtout, l'idée même de représenter des cristaux, cette structure si solide et fragile à la fois, alors les moments où cette structure se défait en mille morceaux ne laissent jamais indifférent.
Haruko Ichikawa nous invite dans son monde, son œuvre, son idée, son chef d’œuvre, on sent qu'elle y a mis toute sa créativité, son originalité et son talent artistique, l'histoire se dévoile à nous et ce monde nous capte, nous saisit, monte petit à petit en puissance jusqu'au grand final, déchirant et splendide, il m'est dur de vous parler de L’Ère des Cristaux sans ne rien vous spoiler, mais nul doute que c'est pour moi une œuvre à lire et à déguster, ne serait-ce que pour le côté artistique de l’œuvre.
L'Ere des cristaux m'a donné rendez-vous dans 10000 ans et je serais là, serais-je mort ou cristallisé.