Dans la BD franco-belge de la grande époque, dans beaucoup de grandes séries, le héros affrontait un méchant à sa mesure, souvent machiavélique, extrêmement intelligent et redoutable, voire coriace, qui ne manquait pas de faire des retours récurrents ; c'était un des gimmicks classiques de ces périodes (années 50 et 60 surtout). Tintin avait Rastapopoulos, Spirou avait Zorglub, Alix avait Arbacès, Blake et Mortimer avaient Olrik, Tif et Tondu avaient Monsieur Choc... et Ric Hochet avait aussi le sien avec le Caméléon, diabolique ennemi qui lui a donné déjà du fil à retordre dans Signé Caméléon, le tout premier récit de Ric Hochet qui figure dans l'album Traquenard au Havre.
Dans cet épisode, que je considère comme l'un des meilleurs de la série (sur plus de 70 albums, c'est pas mal), ce qui est très réussi, c'est l'ambiance du milieu carcéral lorsque Ric se retrouve en prison ; le rendu est remarquable, et m'a rappelé les meilleurs films sur le sujet, comme le Trou, ou le Prisonnier d'Alcatraz. Il lui arrive plein de trucs, on le jette à la flotte les mains liées et il s'en sort quand même, il faut dire qu'à cette époque, il ne pouvait rien arriver à un héros de BD. C'est avec cet épisode que j'ai découvert la série dans le journal Tintin vers 1967-68, et j'en suis aussitôt devenu fan.
Un des meilleurs albums donc, où Duchâteau distille un bon suspense et où Tibet a trouvé son style bien à lui, son dessin est posé, il s'améliorera encore un peu, mais il est déjà stabilisé. Un album que je classe parmi les plus réussis avec Mystère à Porquerolles, Défi à Ric Hochet, Alias Ric Hochet, les Spectres de la nuit ou Enquête dans le passé... sa qualité tranche nettement avec les derniers, dont les scénarios n'ont plus la même fraîcheur et sont de plus en plus approximatifs.