La relève
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Premier niveau de lecture
Le premier contact avec cet ouvrage est plutôt sympathique. Un ou deux personnages par page, des caricatures poussées à l’extrême, une galerie de bras cassés comme on les aime: sourire idiot, regard scrutateur, fringues criardes ou ringardes, allure négligée, traits déformés à l’envi. Tous les dessins sont accompagnés d’annotations brèves, des remarques assassines – avec beaucoup de gros mots! – faisant de ces personnages les têtes de turc idéales. Les dessins sont truffés de détails ridiculisant encore davantage les personnages: boutons, rides, poils, fripes, puanteur, traces de bave, de morve, de transpiration, d’urine voire de sperme.
Cette mise en forme routinière (ça n’est pas péjoratif) confère un bon rythme à cette BD, et en même temps un caractère assez destructuré – même si pas forcément aléatoire – et un côté catalogue qui fait l’originalité de l’ensemble. Nous prenons un plaisir coupable à dévorer ces gaillardises par douzaines, qui ne passeront pas inaperçues au milieu des planches de Fluide Glacial!
Deuxième niveau de lecture
Hélas, ce défouloir montre bien vite ses limites. Déjà, une seconde lecture attentive de Lookbook risque de déplaire violemment; cet album, à force de décliner toujours la même recette, les mêmes tronches de cake sur des dizaines et des dizaines de pages, se montre méchamment rébarbatif, voire indigeste. Pire encore, cet album est farci ras-la-gueule de piques extrêmement haineuses et méprisantes, criblées de vulgarité: recrudescence des termes «merde», «pute», «fils de pute» et «enculé» notamment, ou d’expressions du type «va crever à x ans», «va finir comme y». Qu’elles ciblent des caricatures ne change rien à l’absolue vanité de l’exercice. L’auteur s’enclave finalement dans la complaisance la plus stérile, virant à l’onanisme.
Troisième niveau de lecture
Mais, minute papillon… plutôt qu’une simple accumulation de scuds atomiques, Lookbook est l’occasion pour Salch de nous mettre face à nos propres clichés, préjugés et autres représentations archétypales, sans péridurale, en s’appropriant toutes les piques acérées que moi, vous, Salch lui-même, marmonnons dans notre barbe face à des personnes que nous trouvons hautaines, ridicules, superficielles. Les bimbos à gros seins, les grands mecs en costard à l’air coincé peuplant cet album, jusqu’au corgi de la Reine d’Angleterre s’inscrivent pleinement dans cette démarche de méta-gaillardise, dans cette projection de notre propre étroitesse d’esprit. En lisant entre les lignes, vous percevrez aussi une bonne dose d’auto-dérision, qui chapeaute cette salutaire entreprise.
Voilà comment ce Lookbook se hisse selon moi bien au-dessus de la moyenne des (tristes) productions Fluide Glacial actuelles – sans pour autant égaler la virtuosité des chefs-d’œuvre de l’âge d’or du magazine. En bref, cet opus fait converger l’égrillardise goguenarde, la répulsion et une analyse acérée de notre propre karma.
Créée
le 9 oct. 2021
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