- Des goules ! Ces tarés de villageois nous livrent à des goules !
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Qu'est-ce que tu veux faire ? Vas-y, épate-moi !
- Me gueule pas dessus !
- Quand le soleil se couche, on est morts !! Quand bien même certains d'entre nous auraient le bol de ne pas se faire becter, ils finiraient comme elles ! On est foutus de chez foutus !


« Bâtard gobelinophobe ! »



Orcs & Gobelins, tome 12 : « Pest », publié chez Soleil, nous replonge une fois encore au cœur des Terres d’Arran, dans le monde gigantesque d’Aquilon (où on retrouve également les Terres d’Ogon). Un univers d’heroic fantasy d’une richesse remarquable, au sein duquel cohabitent en parallèle de nombreuses sagas telles que Elfes, Nains, Mages, et bien sûr Orcs & Gobelins, chacune explorant une facette différente de ce monde foisonnant. Un douzième tome, scénarisé par Sylvain Cordurié, dans lequel on suit une petite unité de gobelins spécialisée dans les coups fourrés et les larcins discrets. Leur couverture prend la forme d’une troupe de nomades amuseurs de galerie, musiciens et chanteurs ambulants, de faux ménestrels qui profitent des festivités pour repérer leurs futures victimes. Une fois la nuit tombée, ils pistent un bourgeois isolé, le suivent jusqu’à son domicile et le délestent de ses richesses pendant qu’il dort, si possible sans faire couler le sang inutilement. Une méthode bien rodée, trop efficace même. Car, à force d’enchaîner les mauvais coups, la troupe finit par attirer l’attention de mercenaires venus de contrées aussi lointaines que l’empire d’Assanide ou d’Yrlanie. Acculés, les gobelins prennent la décision de disparaître des radars en se réfugiant dans les terres nordiques de NodrËnn, là où personne ne les connaît et où ils espèrent reprendre leurs activités habituelles en toute tranquillité. Mais leur fuite les conduit jusqu’au village de Pagall, où les attend le pire. Victimes à leur tour d’un coup fourré, ils sont capturés et livrés en pitance à une armée de goules. Le récit bascule alors brutalement dans un survival horror sans concession, transformant cette aventure de filous en une lutte désespérée pour la survie.


Impossible de ne pas penser au tout premier tome de Orcs & Gobelins scénarisé par Jean-Luc Istin, qui mettait en scène une unité d’orcs piégée dans une citadelle infestée de goules. Toutefois, « Pest » adopte un traitement narratif différent. Là où le premier tome plongeait immédiatement dans l’horreur, Cordurié prend ici le temps d’installer ses personnages à travers une péripétie indépendante, sur un ton quasi léger, ponctuée de moments amusants. Cette conduite scénaristique rend la bascule vers l’horreur d’autant plus efficace. Il en résulte une succession de péripéties tendues, de combats impitoyables et de coups fourrés particulièrement sordides, où personne n’est épargné et où seule la survie compte. Pourtant, une forme d’humanisation inattendue émerge à travers le personnage principal, Pest. Un gobelin à part entière, ce qui surprend dans un univers où ces créatures sont rarement présentées sous un jour nuancé. Pest reste profondément gobelin : sournois, pragmatique, parfois cruel. Mais il possède un code d’honneur et une réelle loyauté envers les membres de son unité. Une loyauté qui ne va pas forcément de soi au sein même de son groupe, et qui le distingue subtilement. Autour de lui gravite une galerie de personnages particulièrement réussie.


On aurait d’ailleurs tout aussi bien pu suivre Mignon, ancien mercenaire d’Orethie, spécialiste de l’infiltration et des attaques éclairs, que Pest met constamment en avant. Un personnage redoutablement efficace, parfois même plus que Pest lui-même, sans pour autant éclipser son rôle de chef. Verminn, le frère de Pest, apporte quant à lui une touche plus chaotique, adepte des idées foireuses, que Pest se charge d’éduquer à coups de grosses mandales. Sti’k, vétéran du groupe et ancien mentor de Pest, incarne l’expérience. Enfin, Durlah, femme semi-orc / semi-gobelin (je suppose), constitue la force brute du groupe. Impitoyable, sans le moindre code d’honneur guerrier, elle est sans doute la plus dangereuse de tous. Cette troupe fonctionne remarquablement bien, et l’on prend un réel plaisir à la suivre dans ses affrontements contre les goules. La conclusion arrive toutefois un peu trop rapidement. Je m’attendais à un bilan plus lourd en pertes humaines (ou gobelines), mais Sylvain Cordurié choisit finalement de ne pas s’enfermer dans le pur drame. Le récit se conclut sur une note de légèreté après une phase pourtant extrêmement sombre. L’ensemble reste néanmoins très solide. Un début, un milieu et une fin bien construits, efficaces, qui font clairement le travail. Pest ne sera sans doute pas l’épopée la plus marquante de l’univers d’Aquilon, mais il possède une force indéniable tournée autour de l’attachement que l’on développe pour ces gobelins ménestrels. Et rien que pour cela, je ne serais pas contre l’idée de les retrouver un jour dans une nouvelle aventure. Côté graphique, le travail de Bojan Vukic est convaincant, particulièrement lorsqu’il s’agit de mettre en scène l’horreur à travers de grandes planches percutantes. Les décors sont efficaces, même s’ils n’atteignent pas toujours l’ampleur et la majesté habituelles des Terres d’Arran. Les couleurs de J. Nanjan viennent sublimer l’ensemble avec justesse, et la couverture mérite une fois de plus d’être saluée pour sa qualité.



CONCLUSION :


Orcs & Gobelins, tome 12 : « Pest », est un tome maîtrisé, sans prise de risque majeure, qui s’appuie sur un concept déjà vu et une galerie de personnages bien caractérisés. Le récit est bien mené par des gobelins bien caractérisés, l’horreur fonctionne, les combats accrochent et les touches d’humour sont bien agencées, assurant une cohérence de ton appréciable, même si l’impact global demeure mesuré.


Un album agréable qui s’inscrit correctement dans la continuité des Terres d’Arran sans en devenir une référence.


Pendant que ces crevures se léchaient les babines, j'insultais les divinités dont les noms me passaient par la tête, juste pour le principe. Si les Dieux existaient, c'était uniquement pour nous pourrir.


Créée

le 6 janv. 2026

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