Splendide
Tout simplement une splendeur avec le graphisme d'Hermann profond et puissant une histoire simple qui évoque le Pale rider de Clint Eastwood. Des cow-boys crasseux à souhait, des bagarres au révolver...
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le 30 août 2018
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BD franco-belge de Michel Régnier (Greg) et Hermann Huppen (Hermann) (1972)
Encore un western qui me tient à coeur parce qu'en tant que fan de BD western, je le considère comme un must, mais aussi parce qu'il a égayé mes heures de lecture lorsque j'étais ado en lisant ces aventures dans le journal Tintin.
Ce premier album pose les jalons d'une série qui va asseoir le talent graphique d'Hermann et faire d'elle l'un des westerns les plus fabuleux en BD. C'est bien simple, pour moi, il y a Blueberry, et juste après, il y a Comanche. Hermann qui a déja connu dans le journal Tintin 2 succès importants avec Jugurtha qui marquait ses débuts, puis Bernard Prince qui va confirmer son immense talent, va atteindre une perfection avec ce western auquel son graphisme se prête parfaitement. Son trait est déjà rôdé dès ce 1er épisode qui graphiquement assimile le style de Giraud et les scènes cultes du cinéma, comme la première apparition du personnage de Red Dust dès la première page : on voit le gars qui surgit avec sa Winchester et sa selle devant la diligence, c'est un évident clin d'oeil à John Wayne dans la Chevauchée fantastique de John Ford, il suffit de regarder la couverture de l'album.
Je n'ai jamais cessé d'admirer la perfection de ce duo magique Greg/Hermann au summum de leur art, car si Greg se fait encore discret en répliques cyniques, on sent son influence dans la construction du scénario, les allusions hollywoodiennes et le ton général de la bande. On voit aussi clairement dans cet album que ce récit est une addition de chapitres mis bout à bout, et dont chaque début commence par une grande image. En effet, lorsqu'il fut rédac-chef du journal Tintin, Greg a mis en place la politique des maxi-chapitres destinés à fidéliser les lecteurs souvent lassés (et moi le premier) des sempiternelles double pages à suivre ; les maxi-chapitres étaient donc des chapitres de 8 planches qui avaient leur fin propre, tout en ayant une continuité, ainsi l'éditeur Le Lombard pouvait ensuite publier un album classique de 44 planches. Cette technique est devenue au cours des années 70 une spécialité du journal qui s'est appliquée à plusieurs autres héros, surtout sur des séries réalistes..
On sent aussi autre chose : en plus du trait épais adopté par Hermann où ressortent les menus détails comme les plis des vêtements ou les expressions faciales des visages, l'influence du western spaghetti est ici très nette, avec ses cadrages en plongée, et surtout les successions de gros plans sur les yeux des personnages et les colts, de même que Dust emploie des méthodes léoniennes à la Clint Eastwood en dégommant 4 ou 5 mecs à la suite.
C'est d'autant plus curieux que la série Comanche mêlera tout au long de son existence (tout au moins sur les 10 albums dessinés par Hermann) le style italien dans la mise en page et le style hollywoodien dans les thèmes traités, avec une forte dose de crépusculaire, dans cet album, le ton est donné d'emblée.
Vous l'aurez compris, on est ici en face d'un véritable chef d'oeuvre qui est un excellent album d'ouverture ; c'est assez rare pour un premier album d'atteindre à la fois une telle qualité graphique et scénaristique, mais en même temps avec des auteurs comme Greg et Hermann, c'était prévisible.
Le plus étonnant c'est que quand j'ai découvert cette BD à la même époque où je lisais Blueberry, vers l'âge de 12 ou 13 ans, je percevais déjà l'excellence de ce western, mais avec le recul, au point où j'en suis de mon parcours de lecteur de BD, je mesure encore plus cette excellence parce que je ne le vois plus avec les yeux d'un pré-ado qui n'était pas forcément capable de déceler toutes les subtilités scénaristiques, mais avec ceux d'un adulte chevronné dans un genre qui me fascine plus que tout, et je peux dire que mon plaisir de lecture est aujourd'hui décuplé.
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Créée
le 21 sept. 2020
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