Le silence est d’or
Les orcs sont considérées communément comme une race belliqueuse, hargneuse, agissant violemment et souvent avec précipitation. Ils gesticulent, crient et hurlent lors des combats comme des damnés...
le 5 juin 2021
1 j'aime
- Vous ne trouvez pas ça couillon, que les nôtres glorifient leurs adversaires plutôt que leurs ancètres ? Aucun autre peuple d'Arran n'honore le sang versé comme nous.
- C'est ça être un orc, mon fils.
- Tu te trompes, papa. Tous les orcs se trompent. Nous avons prouvé combien nous sommes grands dans la guerre... Imagine ce nous pourrions être dans la paix.
- Parfois, je me demande si tu n'es pas une de ces mauviettes de rêveurs, mon fils. Comment de telles idées peuvent germer dans ta tête alors que tu viens de mes burnes.
- Ben, justement, tu t'es trop baladé avec les roustons à l'air quand t'étais jeune, papa. C'est mauvais pour la semence.
Olivier Péru lève le voile sur un nouveau chapitre flamboyant de la légendaire épopée "Orcs & Gobelins" avec le neuvième opus baptisé "Silence". Sous la bannière éclatante de la maison Soleil, cette saga nous projette impétueusement au cœur des vastes et mystérieuses Terres d'Arran. Une fresque d'héroïc-fantasy, tissée d'or, d'ombres et d'aventures abyssales, nous dévoilant des trésors de richesse narrative et d'intrigues entrelacées. Elle enrichit cet univers prolifique qui semble s'étendre sans fin. De concert avec l'aventure "Orcs & Gobelins", d'autres récits tout aussi captivants émergents, tels que "Elfes", "Nains" et "Mages". Ce nouveau tome peut être considéré comme une fusion entre le septième et le huitième opus d'Orcs & Gobelins.
Dans cette histoire, nous suivons Yudoorm, également connu sous le nom de Silence, qui était autrefois une légende parmi les Orcs, réputé pour mener des batailles dans un silence total malgré le tumulte des champs de bataille. Cependant, le temps l'a vieilli, et il est devenu une épave, une ombre de son ancien moi, incapable de supporter le poids des années. Malgré cela, il décide de consacrer le peu d'énergie qui lui reste à une vengeance de grande envergure contre ceux qui ont causé la mort de sa famille. Il est accompagné de son fidèle compagnon, "Freil", qui se trouve être un Gobelin qu'il considère comme son propre frère. Ensemble, ils entreprennent leur dernière bataille, une vengeance qui se déroulera sur le long terme. Une construction scénaristique qui rappelle inévitablement les bandes dessinées "Braagam" et "Renifleur".
Un récit principalement méditatif, accompagné d'une fresque vengeresse, qui promet quelques actes de bravoure appréciables, en particulier lors de l'affrontement final. Bien que cet affrontement ne soit pas épique en soi, il offre un instant de lecture satisfaisant. Juste regrettable que cela ne prend pas plus de place dans le récit. Mais, le véritable point fort réside dans les longues séquences de réminiscences partagées par Freil, qui apportent des moments de drame captivants. Ces passages dévoilent des facettes intimes et paisibles de l'orc, tout en conduisant à une conclusion tragique et cruelle qui explique le pourquoi du comment. Tout au long de l'histoire, nous sommes constamment en train de nous demander qui est la cible du dernier ultime effort de Silence. Bien que les explications fournies par Freil commencent progressivement à lever le voile, elles ne nous éclairent pas totalement avant le dénouement. Malgré nos soupçons concernant certains éléments, la révélation finale reste plus ou moins surprenante.
Les champs de bataille font de nous des guerriers, ils donnent un sens à nos foutues existences... Mais on ne peut pas se saigner le cul durant toute une vie sous l'emprise du chaos de la guerre.
La vieillesse de Silence est empreinte de poignance, hantée par un traumatisme qui le poursuit comme une malédiction. Il est visité par les "fantômes" de sa famille, en particulier ceux de son fils "Kerl" et de ses deux petits-fils, "Yaraun" et "Klurn", avec lesquels il échange. Toutefois, ce ne sont pas réellement des apparitions surnaturelles, mais plutôt le fardeau du deuil que Silence n'a jamais réussi à surmonter. Une approche dramatique fascinante, qui s'aligne parfaitement avec sa façon de conduire ses batailles, qui est en totale opposition avec la brutalité bruyante et chaotique de ses semblables. Silence se distingue par sa réflexion, sa prudence et sa propension à toujours avoir une stratégie en réserve. Il est capable de déployer des tactiques sournoises inattendues, le tout soutenu par une maîtrise du combat incroyable, qui lui confère un charisme remarquable qui le place en tant que leader indiscutable. À tel point qu'il finit par fonder sa propre compagnie de mercenaires, les "Silences", composée de fidèles camarades qui lui témoignent un profond respect. Un protagoniste d'une grande prestance, dont j'aurais apprécié découvrir davantage du passé à travers un futur tome.
Son opposant, Lyrengen, est un individu machiavélique et rusé, à la hauteur de Silence en matière de fourberie et de stratégie. Il contribue directement à la tragédie ayant autrefois frappé la famille de Silence, les trahissant alors qu'ils étaient des compagnons d'armes. Cet être humain, en raison de sa perfidie et de son intelligence, s'est hissé à la tête d'une secte fanatique. Les adeptes de cette secte adorent un grand œil, supposés révéler la véritable nature des individus dissimulée derrière leur masque de peau. Le culte pratique des actes de torture atroces sur les hommes et les femmes qui lui sont dévoués. Une belle bande de tarés.
Les superbes illustrations de Stéphane Créty jouent un rôle essentiel dans la narration en nous immergeant complètement dans l'univers du récit. Elles nous transportent vers des décors empreints de ténèbres et de tumulte, où les citadelles se dressent en résistance face aux assauts implacables des éléments et des guerres. De plus, Créty parvient à donner la vie aux Orcs avec une précision impressionnante, les dotant de regards incisifs et d'une apparence redoutable qui les rend mémorables et authentiques. Ses illustrations capturent l'essence même de l'univers fantastique, ajoutant une couche d'immersion visuelle à l'ensemble de l'histoire. Par moments, son travail rappelle les anciennes fresques, ajoutant une dimension subtile à l'ensemble. Les gros plans des visages sont particulièrement réussis, capturant les émotions de manière saisissante. Les couleurs, orchestrées par Olivier Héban, sont utilisées de manière judicieuse, mettant en valeur notamment les flashbacks qui sont visuellement époustouflants grâce à leur contraste jaune. Les scènes nocturnes et les moments sous la pluie bénéficient également d'une colorisation magnifique.
Orcs & Gobelins tome 9 : "Silence", de Olivier Péru, offre une expérience de lecture immersive, mêlant habilement drame, aventure et réflexion, tout en élargissant l'univers déjà riche de la série. Bien que ce nouveau tome ne brille pas pour son originalité, il reste une lecture appréciable pour les amateurs d'héroïc-fantasy en quête d'une histoire épique et émotionnelle.
Un acte de bravoure ultime pour un vénérable lion.
On veille sur les nôtres, on venge les nôtres, on meurt pour les nôtres.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Classement du meilleur au pire de toutes les bandes dessinées, « Terres d'Arran » : classement du meilleur au pire des albums de la saga et « Orcs & Gobelins » : classement du meilleur au pire des albums de la saga
Créée
le 21 sept. 2023
Critique lue 81 fois
17 j'aime
3 commentaires
D'autres avis sur Silence - Orcs et Gobelins, tome 9
Les orcs sont considérées communément comme une race belliqueuse, hargneuse, agissant violemment et souvent avec précipitation. Ils gesticulent, crient et hurlent lors des combats comme des damnés...
le 5 juin 2021
1 j'aime
Ce neuvième tome nous présente Silence, un ancien grand guerrier orc en quête de son ultime combat. La force de ce récit réside dans les différents flash-back lorsque son ami Gobelin Freill raconte...
Par
le 6 nov. 2022
A la fois enthousiasmé par l'histoire et l'approche, et toujours autant par les dessins... parc contre, je trouve que certaines scènes sont brouillon ainsi que le final. Néanmoins, très bon...
Par
le 18 oct. 2020
Du même critique
La vie est une comédie dont il vaut mieux rire. Sage, le sourire est sensible ; Fou, le rire est insensible, la seule différence entre un fou rire et un rire fou, c’est la camisole ! Avec le Joker...
le 5 oct. 2019
172 j'aime
142
Enfin ! Amis cinéphiles, voici un jour qui doit être fêté ! Une nouvelle oeuvre de Tarantino a vu le jour, et ce n'est pas anodin. Cette superbe journée tout en fraîcheur est tout à fait appropriée...
le 15 août 2019
137 j'aime
82
Le monde se divise en deux mon ami, ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la leur coupent… Oui seulement celui qu’a la corde cou c’est moi, moi je risque gros, c’est pourquoi la prochaine...
le 5 déc. 2020
136 j'aime
94