Le réel perd son sens quand vous lisez ce genre d'œuvre, consciemment ou inconsciemment, que vous ayez aimé ou, souvent, pas.
Toute la puissance de l'art brut - l'idée d'association de la peinture et de la bande dessinée disparait rapidement à vos pensées - : être capable de vous faire vous émerveiller de ce qui se tient juste à coté de vous quand vous décidez d'entreprendre une balade dans un lieu que vous pensez vous enchantera.
Mais quoi que vous fassiez le réel vous rattrape. Je ne parle pas des imperfections lié au temps ou aux imprévus, mais plutôt celles intrinsèques à votre fonctionnement : éternels insatisfaits incapables.
Tout est toujours plus fade, mou et terne : vous vivez tout comme un musée, un peu comme si le monde entier avait été mis en boite et que l'aventure avait été interdit depuis l'arrivée des démocraties.
Ou plutôt de la démocratisation : tout est partout si bien qu'il n'y a plus rien à voir, tout est en cave inaccessible ou sur un présentoir en des formes quelconques.
Ce sont les hommes qui donnent de leur saveur aux lieux, difficile de ressentir le parfum des choses avec des individus qui sentent tous le supermarché. Taniguchi, lui, a essayé de faire ressortir le grain et la couleur de Venise, il a donné sa version des faits : celle des peintres forcément de passage dans un endroit flottant.
Tout resplendit au regard d'un homme passionnée par la vie, il voit de la beauté dans un chaque recoin et ne peut s'empêcher de s'arrêter à chaque croisement pour le photographier picturalement.
Il ne sait pas si même ses propres descendants verront ses toiles, il se satisfait de sa vision envoutante des choses qu'il arrive à garder près de lui dans une pièce du reste vide et même de lumière.
C'est ca qui rend des hommes si uniques, c'est le filtre qu'ils placent par dessus le réel tout en sachant que ca ne l'est pas.
Le monde disparait alors que pourtant ce sont eux qui le traversent le plus, ils le modifient d'un simple regard, alors qu'au fond ils ne font que voyager en eux mêmes
Peu importe leurs inquiétudes, ils finissent toujours par les surmonter dans les visions "surréels". Si tu ne trouves pas ta place dans cet univers, change ta manière de regarder et tu verras que ces lieux ont toujours été tout à toi.
Deviens toi seul, on ne devient jamais soi pour les autres, on se débarrasse jamais de ses problèmes par quelqu'un d'autre, c'est une contradiction dans les termes.
Malgré toutes ses divagations lyriques que l'on pourrait écrire, peindre ou dessiner... nos fils les verront toujours comme des magnifiques œuvres orphelines et mort-nées : les hommes n'ont jamais voulu vivre les voyages des autres, ils se sont toujours désaltérés à la première oasis, en espérant que le sable remplisse leur deux cotés... tel un sablier.
Chacun a son prisme et il peut faire apparaitre toutes les couleurs, le libre arbitre décide ou s'arrête le champ de vision.
L'arc en ciel est toujours plus loin et plus haut que le mirage, même si il semble avoir moins d'intérêt, les marcheurs sont toujours les premiers à dire que c'est la première échappatoire.