Ce documentaire, adapté du livre Génération, est censé rendre compte d’un mouvement qui a mobilisé des millions de personnes, en majorité des jeunes, avec des revendications hétérogènes dans plusieurs pays en 1968. Mais l’interprétation politique de l’auteur est très contestable.
Parler, par exemple, d’une internationale de la jeunesse est une affirmation qui relève de la propagande [37’23]. Il n’a pas existé de liens organisationnels entre les différents groupes à l’échelle nationale et encore moins internationale. Si localement tous les groupes soufflaient sur les braises de la contestation et de l’agitation, ils rivalisaient entre eux pour influer un mouvement qu’ils ne contrôlaient pas, car il les dépassait.
Dire de même que les Français s’offrent une psychanalyse sauvage n’a pas beaucoup de sens puisque la majorité silencieuse prendra sa revanche lors des élections de juin en donnant une très large majorité au parti gaulliste [50’52].
L’utilisation de l’expression de tzar rouge pour désigner Leonid Brejnev relève plus du cliché médiatique, partagé par la majorité des groupes d’extrême gauche, que de l’analyse politique. [1h19]. Il est curieux que Patrick Rotman n’évoque pas le fait que Mao Zedong a mis fin le 27 janvier à la révolution culturelle qu’il avait organisée pour garder le pouvoir après l’échec du Grand bond en avant. Les petits gardes rouges parisiens continueront d’ailleurs à réciter le catéchisme de leur idole pendant quelques années avant de devenir d’ardents propagandistes anti-chinois.
La conclusion sur les images d’Apolo 8 et l’enterrement de Jan Palach entrecoupées de celles de Janis Joplin interprétant Cry Baby n’est guère pertinente.
Lire : Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Le moment 68 - Une histoire contestée, 2008 [Partage en ligne].