Une amélioration du film de Wes Craven
Parmi la florissante liste des remakes de films d’horreur cultes qui a principalement pris naissance avec le Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nispel (2003), il faut surtout retenir La colline a des yeux signé par Alexandre Aja. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, le réalisateur français à qui nous devons désormais Mirrors, Piranha 3D et Horns a su livrer au public ce qui est encore considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs remakes qui puissent exister, notamment en ce qui concerne le cinéma horrifique (alors que règnent en maîtres The Thing et La Mouche). Qu’a donc fait Aja pour que son film soit meilleur que l’original, pourtant dirigé par un grand nom du genre (Wes Craven), à la thématique plutôt forte et proposant un acteur au faciès mémorable (Michael Berryman) ? C’est ce que nous allons voir dans cette critique !
Pourtant, à première vue, La colline a des yeux d’Alexandre Aja n’a pas grand-chose de bien folichon à nous proposer, si ce n’est une sorte de modernisation du long-métrage de 1977 dans les moindres détails, prenant ainsi de nouveaux acteurs pour leur faire jouer les mêmes séquences, les mêmes plans pour un film qui semble finalement n’être qu’un banal copié-collé de son aînée. Ainsi, vous retrouverez tous les personnages du film de Craven, toutes les situations que ce dernier nous proposait 29 ans plus tôt, la même époque (costumes, bande-originale, ambiance…), la même trame… Où est donc l’intérêt de revoir le même film en mode dépoussiéré dans ce cas ? D’autant plus que cela fait perdre énormément de suspense pour ceux qui connaissent déjà le long-métrage d’origine, au risque de les ennuyer à mourir. Eh bien, Alexandre Aja parvient à étonner le spectateur en livrant non pas une modernisation mais plutôt une amélioration du film de Wes Craven.
Aujourd’hui, vous vous rendrez compte que La colline a des yeux version 1977 a plutôt mal vieilli, ces effets de terreur et d’horreur n’ayant plus l’impact d’antan et n’arrivant plus à dégoûter le public pour montrer jusqu’à quel point peut sombrer la folie humaine. Pour ce remake, Alexandre Aja s’est tout bonnement lâché en matière de violence visuelle. Bien que la censure hollywoodienne soit passée par là avant la sortie du film (il existe une version non censurée disponible depuis la vente du DVD), La colline a des yeux se présente comme une généreuse surenchère de gore peu ragoutant qui met mal à l’aise au possible, passant par quelques moments assez crus (la séquence du viol) pour choquer un maximum. Et comme si cela ne suffisait pas, le réalisateur le fait de manière assez « rock’n roll » via une musique entraînante et un second degré inattendu, transformant ces instants à la cruauté insoutenable en moments à la jouissance coupable. Pourquoi procéder ainsi ? Pour mettre en valeur le fait que la folie humaine actuelle ne compte plus que par la violence, cette dernière étant maintenant considérée comme un banal amusement. Sur ce point, le remake n’a pas oublié le message porté par le film d’origine !
Ensuite, Alexandre Aja a fait ce que tout remake se doit d’accomplir, à savoir corriger les défauts du modèle. À commencer par le côté angoissant que n’avait pas su faire ressortir Wes Craven dans son long-métrage à l’époque. Ici, Aja parvient à rendre les fameuses collines du Nouveau-Mexique (bien que le film ait été principalement tourné au Maroc) aussi peu rassurantes et imprévisibles qu’un décor martien. En voyant ce paysage, le spectateur va, à coup sûr, se sentir en danger et sursauter au moindre jump scares proposés par le film, servis par une mise en scène diablement efficace et une atmosphère maîtrisée. Autre détail à ne pas négliger : le fait que le cinéaste français ait décidé de garder dans l’ombre (sans révéler leur visage) les psychopathes du film bien plus longtemps que ne l’avait fait Wes Craven, permettant ainsi à renforcer le suspense vis-à-vis de leur nature (à se demander s’ils sont humains) notamment pour ceux qui ne connaîtraient pas le long-métrage originel. Rien que pour avoir rendu son remake bien plus effrayant que son modèle, la version d’Alexandre Aja vaut déjà le détour !
Mais la version 2006 se paye également le luxe de proposer un scénario bien plus travaillé que l’original en comblant les nombreuses lacunes de ce dernier : pourquoi l’action se déroule-t-elle sur un terrain d’aviation militaire ? Où est cette fameuse mine d’argent dont on nous rabâche les oreilles ? À quoi est due la folie des psychopathes ? Ont-ils au moins une histoire ? Tant de questions restées sans réponses qui trouvent ici de l’intérêt grâce à l’ajout d’une thématique : le nucléaire. Un phénomène qui arrive à lier les divers éléments du film (l’action se déroulant dans un endroit isolé de tous, ravagé pas divers essais tout en causant la dégénération physique et psychologique de miniers vivant là depuis des années) pour rendre l’ensemble bien plus crédible, tout en n’oubliant pas de porter un message supplémentaire contre le nucléaire en lui-même. Cela ne semblait pas apporter grand-chose sur le papier, mais mine de rien, cet ajout permet à La colline a des yeux version 2006 d’avoir bien plus d’intérêt que son aîné et d’être bien plus intriguant que son aîné.
Avec autant de compliments, il est tout de même fort dommage que le film d’Alexandre Aja ne soit pas sans défauts pour obtenir le titre d’excellent film d’horreur. En plus d’un côté hautement prévisible, qui se traduit par la reprise intégrale du scénario de base et des personnages clichés au possible (malgré une bonne interprétation), le remake se perd dans sa dernière partie, plus tournée vers l’action, lui faisant perdre sa puissance angoissante et dérangeante par un final qui s’étire à l’excès au risque de se montrer par moment ridicule à cause du second degré (décalage avec la musique, personnages blessés à l’extrême mais qui continuent d’agir, du sang à gogo…) bien trop présent pour le coup. Comme si Alexandre Aja et son équipe avait finalisé leur projet à la va-vite, alors que celui-ci ne méritait pas un dénouement aussi bâclé le faisant ainsi passé pour une grosse farce un chouïa désespérante.
Malgré cela, il faut reconnaître à La colline a des yeux version 2006 une véritable maîtrise de son réalisateur, qui a su faire de son remake un bien meilleur film d’horreur que son modèle, aussi bien du point de vue technique, riche en émotions fortes et en travail scénaristique, que de son aspect visuel, dérangeant et dégoûtant à souhait. Un divertissement horrifique rondement mené qui fait de l’ombre à la concurrence sans aucune difficulté !