Le gros projet casse gueule de Anne Fontaine, réalisatrice qui m'a donné envie de creuser son cinéma depuis son adaptation moderne de Blanche Neige avec Blanche comme neige.
Avec Présidents, Anne Fontaine débarque de nulle part avec un sujet politique, mais traité avec un humour fin, subtil et délectable. Cela dit, ce film n'est ni une comédie, ni un drame, c'est ce genre de cinéma qui s'émancipe des règles classiques du cinéma. On se retrouve devant une production hybride qui sent la liberté de ton et une vraie liberté artistique dont la vitalité sert un propos en forme d'étude socio-politique rafraichissante. C'est drôle, malin, parfois absurde, mais un absurde toujours cohérent avec ce qu'est la politique.
C'est limite une vulgarisation des arcanes de la politique française. Pas besoin d'être une pointe dans le domaine, Présidents c'est l'image que se fait le peuple de ses entités politiques à travers leurs interventions et leurs actions, entre langue de bois, incohérence, lissage et gros mensonges.
Jean Dujardin et Grégory Gadebois, respectivement des clones volontairement papier mâché de Sarkozy et Hollande qui cherchent à s'allier contre le Front National, sont géniaux. Le film se fout d'être fidèle, il imite, il caricature, il s'amuse d'une froide réalité pour mieux la mettre en exergue.
L'autre bonne idée de Présidents vient des femmes de ces hommes politique magnifiquement interprétées par Pascale Abillot et Dora Tillier dont l'écriture des personnages détonne et bien que d'une logique imparable, aboutit à une réflexion percutante.
Anne Fontaine filme ici la parodie politique, par extension la vraie politique. C'est en mariant humour, mélancolie et folie douce que la réalisatrice extrait ses "Présidents" une amer poésie sociale.