Brizé est sans conteste l'un des meilleurs réalisateurs de sa génération. On reconnaît ce talent à la capacité d'enchaîner les bons, voire très bons, voire même excellents films (on pense notamment à une vie, entre adultes ou le récent la loi du marché). Quelques heures de printemps fait partie, au moins, des très bons.


Sa qualité première réside d'abord dans l'énorme force émotionnelle qu'il contient, tapie sous les moments anodins du quotidien et la banalité d'une vie quelconque (renforcée par le réalisme des intérieurs d'une vie simple et réglée comme tant d'autres: toile cirée, buffet, petits bibelots kitsch, Claire Chazal, …). En effet, le silence magnifiquement filmé et calculé, l'absence d'action proprement romanesque ne forment jamais un signe de faiblesse narrative ou créative; au contraire, elle permet de mettre en valeur la grande détonation intérieure qui, après l'attente, aura bientôt lieu.


Car ce qui arrive au personnage d'Yvette est tout sauf apaisant, bien qu'autour d'elle on essaie de dédramatiser en feignant non pas l'indifférence mais le non-étonnement à travers une attitude inexpressive, comme s'il ne se passait rien. Or, quand ce temps si long du silence finit et que les autres se rendent compte que la tragédie qui irrémédiablement menace est à la porte, le drame latent surgit. Toutefois, si Brizé choisit un thème délicat à traiter (la mort, l'euthanasie), où les larmes doivent couler abondamment sans forcer, il évite le pathétique et prend soin de filmer avec sobriété, retenue et discrétion (p.e.: dans le lit de mort, scène de l'adieu au fils, celui-ci cache le visage de sa mère; dans le lit, seule, quand la mère pleure blottit sur elle-même et que le fils l'entend de l'autre côté du mur), sans pour autant fuir la réalité crue des faits.


Ceci donne lieu à des scènes incroyables, d'une grande violence voilée: la dispute entre mère et fils; l'adieu au voisin; l'empoisonnement du chien; et bien sûr, la mort assistée dans le lit. Le tout filmé avec une caméra à mesure de l’œil humain au moyen de plans serrés (longue focale) prétendant se fondre au réel. Plus qu'un film à thèses soulevant la question pertinente, contemporaine et polémique de l'euthanasie (Brizé prend ouvertement parti pour elle, quelques heures de printemps signifiant pour lui partir sur un rayon de soleil et accepter le cycle de la nature), ce film est un hommage vibrant à la nature humaine, à la tragédie quotidienne que notre planète souffre parmi le silence emmuré de solitudes sans écho.

Marlon_B
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le 17 mai 2018

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