Adieu les cons! Le titre s'est étalé pendant quelques mois à l'affiche du cinéma de mon quartier pendant les tristes heures du confinement. Avec la perspective d'un adieu grolandesque aux spectateurs face à la menace de fermeture définitive de la salle. Heureusement il n'en a rien été même si la crainte n'était pas infondée en raison de la hausse des loyers qui a marqué l'après COVID.
J'étais moyennement attiré par ce film à sa sortie à cause des déclarations d'Albert Dupontel.
Il voulait soi-disant rendre un hommage appuyé au film-culte Brazil de Terry Gilliam et à son atmosphère kafkaïenne. Autant dire tout de suite que ce film que j'avais moyennement apprécié lors de sa sortie n'a jamais provoqué chez moi un enthousiasme forcené. Dans sa satire de l'omniprésence de la bureaucratie et de l'incompétence des fonctionnaires cet univers sombre ressemblait trop à mon quotidien et m'a toujours plombé le moral.
Mais Adieu les cons fort heureusement ne recopie pas la lourdeur de l'univers dystopique de Brazil et s'ancre dans une réalité plus accessible, tout en provoquant de l'émotion. Et Adieu les cons raconte l'histoire en 1H20, ce qui est bien suffisant. Il dénonce avec légèreté les maux du monde actuel comme le jeunisme des entreprises qui pousse JB à se suicider. Il se moque du jargon psychanalytique délirant de certains psychologues lors d'une cellule de crise. Il évoque la parcellisation du travail qui provoque l'ignorance de l'existence d'un service au sein d'un même établissement. C'est d’ailleurs un aveugle M.Blin qui s'occupe du classement des archives, ce service étant synonyme de placard dans bien des boîtes modernes polarisées par leur chiffre d'affaire.
Les mésaventures de JB (Dupontel), Suse Frapet (Virginie Efira) et M.Blin (Nicolas Marié) vont pointer du doigt d'autres maladies de notre société, et en particulier l'indifférence. Le médecin à l'hôpital annonce la maladie fatale avec cynisme, l'amputé du bras se traîne par terre dans son sang sans un regard de ses collègues !
Voilà pour le burlesque qui est vite abandonné pour un style plus BD afin de mieux faire passer le drame. Suse crache du sang et se sait condamnée, victime d'une maladie liée à son travail. Mala vida ! Suse recherche son enfant né sous X sous la pression de ses parents et n'aurait en principe aucune chance de le retrouver dans ce monde indifférent.
Dupontel réussit à la fois à nous émouvoir, à se montrer caustique et à fait passer sa vision de la société à l'inverse des comédies actuelles.
A posteriori le titre du film peut être vu comme un message subliminal. Les cons, c'était nous pendant le confinement, nous qui nous sommes laissé enfermer sans broncher pendant ce test d'obéissance collective. En espérant que nous saurons riposter quand les patrons de Big Pharma ou autres nous enverront à nouveau leurs salutations.