Dans la filmographie de Roland Emmerich, où il y a à boire et à manger, mais aussi à vomir (oui parce que ça arrive parfois), Anonymous fait figure d'ovni.
Bien loin du déluge d'effets-spéciaux et la pauvreté d'écriture qu'il nous sert en grande majorité habituellement, Roland Emmerich choisi de mettre en scène la controverse obsolète, qui entoure la paternité des oeuvres de William Shakespeare.
Certes on peut lui accorder un effort d'écriture, car si le film demeure maladroit en terme de mise en scène, on peut en revanche se laisser prendre au jeu si l'on accepte cette histoire. Mêlant véracité historique et spéculations insinuantes, le scénario s'il ne demeure pas pour autant habile ne manque pas de captiver. Cependant sa faiblesse première réside malheureusement dans son sujet. Car en effet, que cette histoire soit crédible ou non, elle n'influe en rien sur la qualité des oeuvres de Shakespeare, le nom a traversé les époques non pas à cause de la paternité des oeuvres en question, mais bien grâce à la virtuosité et à la richesse avec laquelle elles ont été écrites. Évidemment le nom importe, mais il ne définit en rien la qualité des écrits ici, à l'instar justement de Roland Emmerich lui-même. Lui qui nous sert de la soupe depuis des années, nous prouve qu'il est aussi capable d'être plus mesuré.
Malgré tout si on peut accorder au réalisateur de ne pas se planter totalement en changeant de registre, il est difficile en revanche de dire que son film est formellement captivant. Après tout, lorsque l'on s'appelle Roland Emmerich et que l'on filme un avion qui vole tout en évitant des immeubles qui s'effondrent comme dans le très pauvre 2012, on peut aussi se permettre de servir dans son Anonymous, autre chose que des champs contre champs très sommaires. On peut également se permettre de faire un petit effort en ce qui concerne la photographie et les décors, car certaines scènes demeurent ici très désagréable à suivre, tant l'ambiance visuelle est sombre. Cette obscurité est certainement un parti prit pour appuyer l'obscurité de cette controverse où le contexte de l'époque, mais que diable, le spectateur n'a pas besoin de se coltiner une migraine à la fin de la séance.
Côté casting en revanche on peut souligner quelques bonnes prestations. Notamment Rhys Ifans qui campe un Edward de Vere tout à fait juste et convaincant, même bilan pour son double bellâtre et juvénile Jamie Campbell Bower. David Thewlis compose un William Cecil sans fioriture mais néanmoins efficace. Quant à Joely Richardson en Elizabeth 1ère jeune, elle sait saisir la force de caractère de cette reine, pour en faire un personnage non pas touchant, mais surprenant. Vanessa Redgrave qui l'incarne sur la fin de son règne, a parfois tendance à en faire une bête curieuse, c'est assez dommage.
Anonymous n'est donc pas le désastre que l'on pouvait attendre, c'est certainement l'un des meilleurs Emmerich, on regrettera seulement que le réalisateur n'ai pas plus d'ambition que cela dès lors qu'il choisi de faire autre chose que des gros blockbusters ...